Université

 

Non à la sélection sociale!

Il y a quelques mois le ministre de l'enseignement supérieur William Ancion avait annoncé la couleur. Selon lui la situation économique ne permet plus "de dispenser gratuitement un enseignement supérieur accessible à tous" (1)

A l'époque, il s'agissait d'un ballon d'essai et les autres responsables politiques de la Communauté française avaient pris leurs distances face à ces déclarations imprudentes. Pas à pas cependant, les mesures concrètes pour une sélection sociale dans l'enseignement sont en train de se mettre en place. Il y a eu l'instauration d'un numerus clausus pour les études de médecines, alors que les besoins médicaux ne sont pas couverts.

Aujourd'hui, sous le prétexte de "lutter contre l'échec" à l'université (60% d'échecs en 1ère candidature) on s'apprête à imposer un test éliminatoire pour les premières candis au cours de premier trimestre. Pour lutter contre l'échec, il faut changer les conditions d'enseignement et non pas instaurer un examen "guillotine". Que deviendront les étudiants refusés aux tests? Comment pourront-ils se réorienter en cours d'année académique? Leur droit d'inscription sera-t-il remboursé? Les étudiants d'origine modeste seront les premiers touchés par ces mesures de sélection. Les restrictions en matière de financement d'étudiants étrangers vont dans le même sens (voir encadré).

Le gouvernement et le patronat veulent configurer l'enseignement universitaire aux besoins des entreprises et limiter le nombre d'étudiants sour prétexte que de nombreux diplômés sont sans emploi. Mais sans diplôme, comment décrocher un emploi de nos jours? L'enseignement est un droit qui ne peut se marchander.

 

(1) Le Militant n°21, juin 1997, p.7. Interview d'Olivier Schneider, responsable étudiant du BEA-Interfac (ULB).

 

Mobilisation massive à l'ULB

Le 17 novembre, dès midi 1.500 étudiants s'entassent dans l'auditoire Janson de l'Université libre de Bruxelles (ULB) pour participer à l'assemblée générale des étudiants convoquée par l'aile gauche du Bureau des Etudiants Administrateurs (BEA/Interfac). A l'ordre du jour: l'accord de principe donné par le recteur de l'ULB, Jean-Louis Vanherweghem, à l'instauration d'un test "d'aptitudes" obligatoire en 1ère candidature dès 1999 et le projet de convention entre le conseil des recteurs francophones et l'Agence Générale de Coopération au Développement (voir encadré).

Le vice-recteur assure les étudiants de la bonne foi des autorités: "Le test a pour but d'éviter un examen d'entrée en luttant contre l'échec; l'ULB ne modifiera pas les conditions d'admission des étudiants étrangers". Huées. On lui rétorque: "On va insérer les étudiants dans une dynamique d'échecs. Le Recteur viendra dans deux ans avec un projet d'examen d'entrée sous prétexte que les étudiants n'ont pu saisir les perches qu'on leur a tendues"! Sur les étudiants étrangers: "Qui nous garantit que l'ULB ne leur réclamera pas de droits complémentaires lorsqu'elle sera confrontée à un afflux d'étudiants étrangers non finançables? Belges, Etrangers solidarité!". Tonnerre d'applaudissements.

L'AG se clôture par un vote quasi-unanime d'une motion réclamant le maintien d'un enseignement démocratique de qualité accessible à tous, y compris aux étudiants étrangers, et... la démission du recteur! Dans la soirée, le Conseil Fédéral de la Fédération des Etudiants Francophones (FEF) vote une motion de soutien aux étudiants de l'ULB. Il s'agira maintenant pour la FEF d'assumer cette motion en étendant la mobilisation aux autres universités.

Thierry Pierret, 17/11/97

 

Etudiants étrangers:

Condamnés à disparaître?

Depuis 1981, les études de certains étudiants originaires de pays en voie de développement(1) sont financées par l'Agence pour la Coopération au développement (AGCD dirigée par le CVP Reginald Moreels). "Financé" ne signifie pas que l'étudiant reçoit une bourse mais que l'université reçoit de l'AGCD un montant par étudiant "finançable".

Les régles de financement sont en train d'être revues. Seuls les étudiants boursiers de l'AGCD (ou d'une ONG agréée) seraient encore financés. Pour les autres, les étudiants des PVD seraient alignés sur ceux des ex-PVD: seules les études du 3e cycle seraient financées... pour autant qu'il reste de l'argent. Pour l'ULB, l'enveloppe budgétaire pour ce poste passera en effet de 410 millions en 1996 à 300 millions en l'an 2000. Le risque existe pour l'université exige des droits complémentaires d'inscription (plus de 100.000F) aux étudiants non financés. A terme, seuls les étudiants étrangers très fortunés se retrouveront donc sur les bancs de nos universités.

C'est donc là un autre volet de la politique de sélection sociale à l'université impulsée par les autorités de notre pays.

 

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(1) Pour les PVD (Congo, Rwanda, Burundi, Burkina Faso,...) études de 1er, de 2e et de 3e cycle. Pour les ex-PVD (Maroc, Cameroun, Nigeria,...)seul le 3e cycle (ex: doctorat) est financé.



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