Routiers français

Trahis mais pas défaits!

La grève des routiers aura duré cinq jours. Malheureusement nous ne pouvons pas célébrer une victoire comme lors de la grève de 12 jours il y a un an.

En novembre 1996 la grève s'était déroulée dans l'unité entre syndicats, avec des barrages solides et la sympathie de la population laborieuse. Cette année les routiers revendiquaient ce que les patrons avaient promis - mais refusaient d'appliquer - à l'issue de la grève précédente: 10.000 francs français (60.000FB) pour 200 heures de travail.

Le gouvernement Jospin est parvenu à briser l'unité syndicale. La CFDT, fortement implantée chez les routiers, a ouvertement collaboré avec le gouvernement pour mettre un terme au mouvement.

La CFDT et des fédérations patronales ont en fin de compte signé un accord prévoyant les 10.000FF pour l'an 2000, mais uniquement pour les chauffeurs sur longue distance (10.000 sur les 340.000 du secteur). Les autres reçoivent une augmentation de salaire répartie dur 3 ans. Le fait que pour la première fois un salaire minimum est fixé constitue un acquis, mais les routiers auraient pu arracher beaucoup plus.

Les routiers doutent cependant du fait que les patrons respecteront l'accord. Le gouvernement a promis de donner force de loi à l'accord et de veiller à son application. Mais les 180 inspecteurs pourront-ils contrôler 28.000 patrons?

D'autres conflits en perspective

Tous les autres syndicats, y compris la très modérée Confédération française des Travailleurs chrétiens (CFTC), ont refusé de signer l'accord. Force ouvrière (FO) a même dénoncé le ministre des Transports Jean-Claude Gayssot - un dirigeant du Parti communiste - parce qu'il avait traité avec "ceux qui trahissent la classe ouvrière".

La CFDT n'a d'ailleurs pu avaler cet accord à ses membres qu'avec une faible majorité (60% pour, 40% contre).

Il n'y a aucune raison de faire confiance aux patrons routiers d'autant plus que l'autorisation de cabotage(1) en Europe à partir du 1/7/98 va amplifier la concurrence. SI les patrons violent l'accord, la CFDT en portera seule la responsabilité.

En comparaison avec l'euphorie de l'an dernier, cette grève laisse un goût amer. Beaucoup de travailleurs ne se sentent pas battus, mais trahis. De futurs conflits sont en germe et qui pourront acquérir une dimension plus internationale que ce conflit de cinq jours.

David Cameron, Paris

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(1) Cabotage: chargement et déchargement sur le territoire national par un transporteur étranger.



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