L'impérialisme US se croit le gendarme du monde
A la mi novembre, les États-Unis menaçaient de refaire un remake de la Guerre du Golfe après que les inspecteurs de l'ONU aient été expulsés. Selon l'administration Clinton, l'Irak disposerait d'une panoplie impressionnante d'armes chimiques. Alors que les bombardiers américains étaient déployés pour une dernière démonstration de force, les contacts diplomatiques ont pu - momentanément - éviter une nouvelle effusion de sang. L'impérialisme américain se positionne ainsi comme le gendarme n°1 sur le plan mondial. Comme toujours, cette prétention se fait au détriment des masses appauvries des anciennes colonies.
Les tentatives pour isoler Saddam Hussein au sein du camp des pays arabes tombent provisoirement à l'eau. Des alliés stratégiques tels que l'Égypte et l'Arabie Saoudite, qui soutenaient les mesures de représailles contre l'Irak pendant la Guerre du Golfe, ont pris position contre une expédition punitive des États-Unis.
En tant que principaux acteurs sur le plan régional, ils se sont prononcés en faveur des inspections de l'ONU, mais ont mis leur veto à l'usage des armes.
Ce refus est significatif. Il reflète la pression de l'opinion publique anti-impérialiste de la plupart des pays arabes. A Gaza, des manifestations de masse ont eu lieu contre les États-Unis et contre l'ONU.
La politique manifeste de "deux poids, deux mesures" menée par l'impérialisme mondial pèse incontestablement dans la mobilisation: Israël peut impunément faire ce qu'il veut du peuple palestinien et bombarder le Sud -Liban pendant que le peuple irakien subit un cruel embargo depuis des années.
L'absence d'organisations ouvrières sur le plan régional capables de mobiliser puissamment autour d'un axe de lutte de classes, empêche les protestations qui prennent un teinte nationaliste ou religieuse de se cristalliser en une conscience socialiste.
La population irakienne qui a subi de plein fouet les sanglants bombardements "chirurgicaux" de la guerre du Golfe a dû endurer pendant des années les affres de l'embargo.
Selon un rapport des Nations-Unies d'octobre 1996, 4.500 enfants irakiens âgés de moins de cinq ans meurent chaque mois de sous-alimentation et par manque de soins médicaux. Le dernier rapport (mai 1997) mentionne que 27,5% des enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition.
Les sanctions frappent avant tout la population et non l'entourage corrompu de Saddam Hussein qui se cramponne au pouvoir jusqu'à son dernier souffle. Il faut mettre fin à cet embargo le plus vite possible. Tout prétexte des États-Unis pour le prolonger doit être refusé car ce n'est rien d'autre que une soif de pouvoir des États-Unis érigée sur les os du peuple irakien.
Saddam Hussein est parvenu à tirer parti des contradictions entre les grandes puissances. Les accords pétroliers conclus par l'Irak avec un certain nombre de membres du Conseil de sécurité de l'ONU (Russie, France, Chine ) tempèrent les intentions des États-Unis et de la Grande-Bretagne. La menace militaire est donc écartée provisoirement.
L'administration Clinton souhaiterait dès que possible voir remplacer Saddam Hussein par un despote plus docile à l'égard des USA.
A cette fin, la CIA a participé à la préparation d'un coup d'État raté en juin dernier. Cet échec a contribué à affermir la position de Saddam Hussein.
C'est la population laborieuse d'Irak qui décidera du sort de Saddam Hussein, un despote sanguinaire. A partir de sa propre expérience elle apprendra que ce n'est qu'en créant un système où elle aura le pouvoir qu 'elle pourra décider de l'usage des richesses de la société..
Une telle démocratie ouvrière constituerait une formidable impulsion à la création d'une Fédération socialiste du Moyen-Orient et d'une Fédération socialiste mondiale.
Peter Delsing