Congrès de la FGTB

La direction donne un tour de vis

L'année écoulée n'a pas été facile pour la direction de la FGTB. Le Contrat d’avenir pour l’Emploi était pratiquement sur les rails lorsqu'elle fut ouvertement rappelée à l’ordre par la base. Aucune mesure d’austérité n’a reçu l’assentiment du syndicat. Vint alors Clabecq où la campagne médiatique contre la délégation syndicale ne parvint pas à cacher la trahison de Nollet. Renault fut vite expédié. Mais le sale jeu de la direction syndicale est manifeste dans la mesure où elle était au courant de la fermeture avant l'annonce officielle.

Ce congrès donne finalement une occasion à l’appareil syndical de reprendre le contrôle de la situation. Accroître son emprise sur la base syndicale, garantir que les querelles intestines ne mettront pas de bâtons dans les roues et signaler au gouvernement et au patronat qu'ils peuvent compter sur la direction de la FGTB.

Tenir la base en main

Le texte du congrès Une nouvelle impulsion à la démocratie économique et sociale ne s’embarrasse pas de fioritures. "Notre processus de décision est surtout déterminé par le groupe des travailleurs actifs, essentiellement masculin, issu des grandes entreprises. Nous devons veiller à ce que les intérêts du public cible modifié soient suffisamment pris en compte dans notre processus de décision". Autrement dit, le sommet syndical serait pris en otage par les délégations combatives des grandes entreprises alors que la majorité des travailleurs resteraient sur le carreau du fait de la généralisation du travail en PME et de la féminisation du marché du travail.

On veut donc prendre au mot les nouveaux groupes de travailleurs et les inactifs. De quelle manière? L’exigence d’élections sociales dans les PME est même laissée de côté. On propose un système alternatif où chaque organisation syndicale désignerait un délégué par PME ou par groupe de PME. D’autres propositions plus concrètes circulent à propos des chômeurs, des prépensionnés, des pensionnés, des immigrés et des jeunes. Développer les prestations de services à nos membres en matière de logement, de surendettement, de fiscalité, de gestion de comptes en rapport avec des biens vitaux.

Au lieu de se battre pour que le syndicat soit présent là où on en a le plus besoin (PME, etc.) et de veiller à ce que le travail syndical y soit couplé au savoir-faire et aux traditions syndicales qui ont cours dans les grandes entreprises, on préfère contenter les travailleurs des PME et les groupes cibles en leur allouant un peu plus de services.

La représentativité et la légitimité de la FGTB

Le texte est un long gémissement sur la légitimité des syndicats. On estime à notre intention que les représentants des travailleurs dans les Conseils d’entreprise n’ont été élus que par 2 5,3% des travailleurs. Ce sont des arguments fallacieux. La désaffection des travailleurs pour les élections sociales est une conséquence de la faillite du système de concertation. Pourquoi prendrait-on part avec enthousiasme aux élections pour des organes qui ne sont pas à même de faire face à l'offensive patronale?

Le sommet syndical craint d'être mis hors-jeu pour de bon par le gouvernement si les appareils ne contrôlent pas leur base. "Ou bien des accords sont d'abord conclus entre partenaires sociaux sur les salaires et l'emploi et on demande ensuite des engagements au gouvernement. Ou bien nous voulons finalement que le gouvernement décide (...), mais pouvons-nous alors continuer à parler d'une intervention autoritaire du gouvernement?". Ce n'est pas la seule menace qui est utilisée dans le texte. On ne peut arracher un nouvel accord global, car "d'aussi larges bases de concertation qui aboutissent à un échec ne peuvent souvent plus être reproduites. Ni les négociateurs, ni la FGTB ne peuvent se le permettre".

Discipline interne

La prise de décision doit être plus rapide. La hiérarchie syndicale n'aime pas parler de débat au sein de la FGTB. "Les débats auxquels on prend part avec l'unique objectif de défendre coûte que coûte une opinion personnelle ne mènent à rien." Plus loin, on veut que les décisions ne soient prises que par les instances seules; s'absenter à ces instances et se servir ensuite des médias pour exprimer ses opinions vis-à-vis de l'extérieur est inacceptable.

"Ne sacrifions-nous pas trop vite à des slogans qui en définitive ne veulent rien dire?" La semaine des 32 heures sans perte de salaire et avec embauches compensatoires, par exemple! Le texte Une nouvelle impulsion à la démocratie économique et sociale constitue un cas d'école de démolition d'une véritable aspiration en un slogan. On insiste largement sur le problème de l'emploi. Plutôt que de partir des préoccupations des chômeurs, on présume que le taux élevé de chômage affaiblit le rapport de force au détriment des syndicats. Juste au moment où il faudrait lancer une campagne générale pour une réduction radicale du temps de travail, Michel Nollet et Mia De Vits disent qu'il faut s'en tenir à la norme salariale et que celle-ci en restreint les possibilités.

A la page 12 du document, le loup sort véritablement du bois et le problème de la direction réformiste est clairement posé. "Les intérêts contradictoires s'accumulent. La société devient toujours plus complexe et il devient de ce fait toujours moins évident de dégager l'intérêt général."

Le problème de la légitimité réformiste est double. D'une part la crise les oblige à prendre parti entre le travail et le capital, alors qu'ils se voient eux-mêmes comme un élément inséparable de la sainte trinité: patronat, gouvernement, syndicats. D'autre part, les militants de base et les travailleurs en général s'exposent au reproche suivant: "Nos résultats ne sont jugés qu'en termes individuels ". En d'autres mots, il ne faut pas que les membres reprochent aux syndicats que leur niveau de vie baisse. "Le fossé entre la base et la direction peut aussi être vu comme une crise de la solidarité au sein de la société." On reproche un manque de solidarité à ceux qui n'avalent pas les couleuvres. L'année écoulée a vu nombre d'exemples qui démontrent que le manque de solidarité se situe justement au niveau du sommet syndical. Manque de solidarité avec les travailleurs en lutte, avec ceux de Clabecq et de Renault, et aujourd'hui avec ceux d'Electrabel.



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