"C'est un mec comme moi qu'ils ont tué..."
Voilà le cri d'un jeune de Cureghem, un quartier d'Anderlecht que bon nombre de personnes ont découvert à travers les émeutes. 2/3 des 18.000 habitants de Cureghem n'ont pas la nationalité belge, 43% ont moins de 25 ans et le taux de chômage global atteint 28,3%. La plupart des jeunes sortent de l'école avec au mieux un diplôme de 3e professionnelle.
Les pouvoirs communaux et la région bruxelloise ont laissé pourrir ce quartier et n'ont pas hésité à abattre les derniers arbres, à abandonner l'école communale et la bibliothèque. Le terminus de métro débouche sur un terrain vague en attendant que les travaux du TGV n'ouvrent toutes grandes les voies à la spéculation immobilière. De jour les Rolls et BMW des grossistes en confection garées en double files affichent une richesse insolente tandis que les ateliers clandestins pullulent.
Le cynisme des politiciens locaux est sans borne. François-Xavier de Donnea, bourgmestre PRL de Bruxelles, n'hésite pas à parler de "raser certaines cités sociales devenues des nids à émeutiers" et & agrave; dénoncer le "laxisme" du parquet de Bruxelles qui libère des jeunes. Christian D'Hoogh, bourgmestre PS d'Anderlecht, estime que le seul point positif des événements a été "la coordination entre les forces de police et de gendarmerie." Comme si l'on pouvait résoudre les problèmes sociaux par des mesures de police!
Après s'être timidement prononcé pour le droit de vote des immigrés aux communales les dirigeants sociaux-démocrates déclarent, la main sur le coeur, que leur "bonne volonté" est "ébr anlée". Bonne volonté? Et nous qui pensions que le droit de vote était un droit et pas une grâce accordée! La "mauvaise volonté" de la population a peut-être à voir avec le fait que le "débonnaire" ministre SP de l'Intérieur Vande Lanotte qualifie leurs enfants de "criminels organisés"... tentant ainsi de récupérer une partie de l'électorat d'extrême-droite. C'est une attitude indigne de quelqu'un qui se revendique du mouvement ouvrier. Il n'y a vraiment rien à attendre de ces politiciens vermoulus.
La jeunesse immigrée devrait "s'adapter". S'adapter à quoi? Au chômage et à la misère? Aux quartiers désaffectés? Au harcèlement policier quotidien et au racisme officieux? Aux écoles poubelles? Se résigner à n'avoir aucun avenir? Il ne lui reste que le choix entre la rue et la mosquée. Des responsables, notamment en Flandre, estiment qu'il faudrait appliquer moins strictement l'obligation scolaire jusqu'à 18 ans. Certains jeunes trouveront peut-être cette idée chouette. Le fait que - diplômés ou pas - ils aient peu d'espoir de décrocher un emploi convenable pèse beaucoup dans leur démotivation pour l'école. En l'absence d'emploi, une économie informelle se met en place liée à la toxicomanie. Selon un sociologue de l'ULB, il faudrait créer 10.000 emplois pour les jeunes à Bruxelles si l'on veut voir ce processus s'enrayer.
Une chose est claire: tous les plans d'austérité baptisés "plans pour l'emploi" imposés par les gouvernements successifs n'ont rien résolu. Seule une mesure énergique telle que les 32 heures tout de suite sans perte de salaire et avec embauche compensatoire peut créer de l'emploi. Aucun parti traditionnel n'est cependant prêt à lutter pour. Les associations, devenues des interlocutrices officielles, supplient à genoux des subsides mais ne peuvent exiger de changements. Les émeutes pas plus que la concertation n'ont rien réglé. "Va-ton leur proposer de faire du mini-foot jusqu'à leur 60 ans?" s'interroge un animateur de rue. Comme par le passé la population opprimée devra s'organiser pour forcer le changement à travers la lutte.