Pauvreté, chômage, racisme, taudis, bavures policières, écoles poubelles, répression...

CA SUFFIT!

par Thierry Pierret

Vendredi 7 novembre dans un quartier pauvre d'Anderlecht (Cureghem), trois gendarmes ont tiré à quinze reprises sur Saïd Charki, un jeune Marocain qui tentait de fuir. Il l'ont abattu d'une balle dans la nuque et d'une autre dans le coeur. Il n'était pas armé, mais les gendarmes ont invoqué la légitime défense... et leur thèse est accréditée par "leur" ministre de l'Intérieur Vande Lanotte. Les jeunes du quartier sont alors descendus dans la rue pour clamer leur rage. Le même Vande Lanotte les a nommés: "bandes liées au milieu de la drogue qui organisent la guérilla avec les forces de l'ordre". Forces "de l'ordre" qui ont ratonné à tour de bras et embarqué des centaines de jeunes dans une caserne.

Ces événements illustrent la faillite des "contrats de sécurité" mis en place après les émeutes de Forest en 1991. Ces "contrats" n'ont qu'un seul objectif: renforcer le contrôle policier sur des populations marginalisées par la crise et perçues comme dangereuses par la bourgeoisie. Les travailleurs sociaux qui agissent dans le cadre de ces contrats sont "invités" à collaborer étroitement avec les services de police.

Vande Lanotte prétend que les émeutes avaient pour but de protéger les "dealers". Saïd Charki n'était pas un ange: il avait un passé judiciaire et était porteur de 50 grammes d'héroïne au moment de son assassinat. Mais 50 grammes d'héroïne ne sont rien à côté des milliards brassés par les gros bonnets de la drogue et par les banques qui lavent l'argent de ce trafic.

Les habitants de Cureghem connaissent trop bien les ravages causés par la drogue et la délinquance dans laquelle ils voient plonger avec impuissance une partie de leurs enfants. Le véritable motif de leur colère c'est un assassinat légal à caractère raciste. Car demain, chaque jeune du quartier - dealer ou pas - peut en être la victime.

Rien d'étonnant que les protestations aient pris la forme d'émeutes dans un quartier laissé à l'abandon depuis des années par les pouvoirs publics, où les chancres pullulent et où le chômage atteint 28%. Les responsables politiques locaux laissent le quartier à l'abandon.

Vande Lanotte continue cependant à prétendre que "Les émeutes d'Anderlecht n'ont pu avoir lieu sans la présence de groupements politiques ou criminels"(1). Il a même prétendu que les auteurs d'un hold -up étaient liés aux émeutes, mais il n'a pas trouvé nécessaire de rectifier ses élucubrations quand il s'est avéré que ce lien n'existait que dans son imagination. Et quand Vande Lanotte reconnaît que "le racisme est inhérent aux services de police", c'est pour le justifier: "les forces de l'ordre ne sont jamais en contact avec la population étrangère qui s'adapte et s'intègre, mais toujours avec ceux qui ne respectent pas les lois"(2).

Les faits montrent pourtant le contraire: une jeune fille qui regardait a été molestée devant les caméras de télé; un jeune de 15 ans a été tabassé en sortant d'une vidéothèque; un père de famille a eu plusieurs dents cassées par les gendarmes devant la caserne d'Etterbeek où il allait rechercher son fils arrêté...

Et quelles leçons les politiciens tirent-ils des événements? Certains bourgmestres bruxellois envisagent de raser certaines habitations sociales qui seraient des foyers d'émeutes... Les cris de révolte des jeunes d'origine immigrée seront donc utilisés pour rendre leurs conditions encore plus invivables.

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(1) Le Soir du 14/11/1997

(2) idem



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