Contre les discriminations
Grève de la faim des étudiants marocains
La grève de la faim organisée le 22 octobre à l'Université libre de Bruxelles (ULB) par l'Union nationale des Étudiants du Maroc (UNEM) soutenue par le Cercle international des Étudiants Etrangers (CI EE), par le Cercle des Étudiants zaïrois (CEZULB) et par le BEA-Interfac (aile gauche du Bureau des Étudiants administrateurs), a fait résonner toute la journée dans le hall de la cité universitaire le son du tam-ta m et les chants de lutte. Nous avons rencontré Saïd et Kamal, membres du bureau de l'UNEM.
- Pourquoi cette action aujourd'hui ?
- Kamal: "Il y a 3 points. D'abord l'affaire Mustapha Benali. Ce militant de l'UNEM régulièrement inscrit à l'ULB, dont l'Office des Étrangers refuse le visa sous prétexte qu'il ne peut produire de casier judiciaire vierge. Mustapha a été condamné au Maroc pour ses activités politiques et syndicales. Il y a ensuite la nouvelle convention entre les recteurs et l'Agence générale pour la Coopération au Développement (AGCD) qui vise à diminuer le nombre d'étudiants issus des pays en voie de développement (PVD). Enfin, il y a la loi Vande Lanotte qui continue à produire ses effets".
- Quelle est la situation des étudiants étrangers ?
- Saïd: "Les étudiants marocains, dont nous connaissons le mieux la situation, ne reçoivent aucune aide financière officielle. Seules leurs familles restées au pays les aident. Ils sont obligés de travailler pour vivre, mais l'ULB refuse aux étudiants étrangers l'accès à ses jobs étudiants! Les logements de la cité sont également inaccessibles aux étudiants étrangers, alors qu'ils ont plus de difficultés à trouver un logement. Si, de plus l'ULB augmente leur minerval à 150.000FB en vertu de la nouvelle convention AGCD, la situation des étudiants étrangers va vraiment devenir intenable. Nous ressentons une pression de plus en plus forte pour le retour chez eux des étudiants étrangers".
- En quoi consiste cette nouvelle convention AGCD?
- Saïd: "Elle va réorienter les ressources de la coopération sur des projets de développement universitaire dans les PVD. En clair, ça veut dire qu'on laisse les mains libres à des Etats non démocratiques qui ne vont jamais se servir de l'argent de la coopération pour favoriser l'accès de la population à l'université. Cet argent va servir à la création d'universités de prestige accessibles uniquement aux enfants des dignitaires locaux. Avant de mettre en place des projets de coopération dans les PVD, il faut y défendre la démocratie. Or, le gouvernement belge fait tout le contraire! Il suffit de regarder le Zaïre...".
- La loi Vande Lanotte est actuellement réévaluée par le Sénat. Comment vous positionnez-vous ?
- Kamal: "Cette loi qui doit être abrogée. L'affaire Benali en est une conséquence. Mais ce n'est pas un cas isolé; nous connaissons des dizaines d'étudiants marocains qui ne reçoivent pas leur visa".
- Quelle suite comptez-vous donner à cette journée d'action?
- Kamal: "Dans l'immédiat, un sit-in aura lieu devant l'Office des Étrangers. A plus long terme, le Conseil de l'UNEM décidera de la suite des opérations sur base des résultats obtenus. S'il le faut, nous sommes prêts à recommencer une grève de la faim et à en allonger la durée. Nous ne sommes pas isolés dans notre lutte; nous sommes soutenus par d'autres cercles. Tout cercle qui partage nos objectifs est le bienvenu à nos côtés".
Propos receuillis par Thierry Pierret