France

35 heures pour l'an 2000?

Lionel Jospin a créé l'événement en annonçant à la fin de la conférence sur l'emploi, les salaires et la réduction du temps de travail une "loi d'orientation et d'incitation" censée ramener la durée légale du travail hebdomadaire à 35 heures pour l'an 2000.

Les représentants du patronat (CNPF) sont partis en colère en proférant des déclarations de guerre. Une victoire? Loin de là! Les déclarations du CNPF étale davantage sa propre crise et les divisions du patronat que la politique de Jospin.

En annonçant avec éclat une date butoir, Jospin a surtout fait un geste politique. D'abord en direction des travailleurs en faisant mine de respecter ses promesses électorales. Ensuite pour aider les directions syndicales pour faciliter leur collaboration avec le gouvernement. Enfin pour renforcer la cohésion de sa propre majorité.

Quel est le contenu de la déclaration de Jospin? Car dans la mesure où il n'y a pas encore de loi, on ne peut parler que de déclaration. Ce qui frappe est d'abord l'absence de chiffres: aucune précision sur la réduction du temps de travail ni sur la création d'emplois. Sauf une: les subventions accordées aux patrons qui concluent des accords de réduction du temps de travail avec embauche. On pourra donc calculer combien nos impôts vont servir à payer ces cadeaux au patronat.

Jospin a précisé que les entreprises de moins de dix salariés ne seraient pas concernées immédiatement par la loi. Cinq jours après la conférence, la secrétaire d'État aux PME a annoncé que ce seuil serait relevé à 20 salariés, soit un tiers des effectifs du secteur privé. La fonction publique n'est pas concernée.

Pour le reste des salariés du secteur privé, rien n'est strictement acquis et les patrons n'ont aucune obligation de négocier. Les négociations éventuelles auront lieu au niveau de l'entreprise plutôt que du secteur, ce qui correspond à une revendication traditionnelle du CNPF.

Alors pourquoi cette levée de boucliers du CNPF et la démission de son président Jean Gandois de laisser sa place à un "tueur"? Dans l'idéal, le CNPF ne voudrait pas de loi du tout et Gandois pensait s'en sortir avec une loi d'incitation sans date butoir. Mais les patrons pourront s'accommoder de cette loi en négociant entreprise par entreprise une réduction du temps de travail en échange de la flexibilité, voire de l'annualisation du temps de travail, ce qui viderait de son sens la notion de durée hebdomadaire du travail. Si aucune entreprise ne passe aux 35 heures, aucune sanction n'est prévue, si ce n'est le paiement d'heures supplémentaires dont le taux pourrait d'ailleurs baisser.

Le patronat a tout à gagner à rentrer dans le jeu de Jospin et n'a rien à perdre s'il refuse de négocier. Aussi l'attitude jusqu'au boutiste actuelle de la direction du CNPF est-elle très contestée et peur déclencher une crise au sein de l'organisation patronale.

La conférence n'a rien réglé pour les travailleurs. Elle peut par contre ouvrir la porte à une offensive patronale sur la flexibilité et l'annualisation. Seule la mobilisation des travailleurs et de leurs organisations peut déjouer le piège et arracher ce que Jospin n'a pas accordé.

David Cameron

 



Le Militant
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