Journée des Femmes

 

Les femmes et l'argent

Le 11 novembre donne lieu à une importante manifestation des femmes en Flandre. Le thème de cette année est "Les femmes et l'argent".

Le post féminisme voudrait nous faire croire que les femmes ont acquis tous les droits et que dès maintenant cela ne dépend plus que de la volonté et des capacités des femmes. Effectivement, nous trouvons plus qu' autrefois des femmes à des postes de responsabilité dans le monde des affaires et même dans le monde politique. Mais cela reflète-t-il la situation générale des femmes?

Par sa nature, le combat du mouvement des femmes et encore plus celui du mouvement ouvrier a produit d'importants changements dans la vie des femmes. Il est désormais considéré comme normal que les femmes effectuent des é ;tudes, travaillent à l'extérieur et manifestent des intérêts spécifiques.

Une comparaison: 29,5% des femmes avaient une activité professionnelle en 1947 contre 77,2% en 1987. Le mariage est beaucoup moins qu'autrefois le passage de la tutelle du père vers la tutelle du mari. De plus en plus de femmes, après avoir quitté le foyer paternel, vivent une période où elles restent seules. Le divorce n'est plus considéré comme infamant. L'avortement est toléré de façon restrictive. L'État providence et l'organisation des services publics ont facilité la vie de milliers de femmes.

Mais...

 

La situation des femmes sur le marché du travail

On observe dans le monde entier une augmentation du pourcentage de femmes sur le marché du travail, y compris en Belgique. Une cause importante est le glissement de la mise au travail dans l'industrie lourde (où surtout les hommes travaillent) vers le secteur des services (78% des femmes travaillent dans les services).

De 1981 à 1995, 271.000 emplois supplémentaires ont été créés en Flandre. Cet accroissement concerne uniquement le secteur des services étant donné que les postes de travail dans l'industrie ont diminué de 81.000 unités. Les femmes représentent 40% de la population active en Belgique contre 23,4% en 1947. A Bruxelles, où le secteur des services est le plus important, la population féminine a augmenté de 4,2% sur le lieu de travail de 1981 à 1992 tandis que le pourcentage de travailleurs masculins a baissé de 10%. Dans la région bruxelloise les femmes représentaient déjà en 1992 la moitié de la population active.

Plus de femmes travaillent, mais comment travaillent-elles? A quel salaire? Le transfert d'emplois masculins vers des postes féminins s'accompagne d'une mutation d'emplois stables et convenablement payés vers des jobs mal pays, instab les et flexibles. En 1994, 28,3% de la population féminine active travaillait à temps partiel, contre 5,6% en 1981 (statistique page 58 SP).

 

Pour les hommes, le travail à temps partiel représente 2%. Selon un rapport de l'ONEm de 1989, la plupart des femmes occupent les statuts précaires. 86% du Cadre spécial temporaire, 78% pour le Troisième Circuit de Travail et 65,2% des chômeurs mis au travail.

Les carrières féminines sont considérablement plus courtes. Le taux de chômage des femmes est deux fois plus élevé que celui des hommes.

 

Statistique p.59 SP.

Les femmes restent en moyenne plus longtemps au chômage. En 1989, 62,9% des chômeurs de longue durée étaient des chômeuses. Étant donné la double journée de travail que les femmes doivent encore assumer (elles accomplissent la plus grande partie du travail ménager même lorsqu'elles occupent un emploi à temps plein), elles font souvent appel à l'interruption de carrière.

 

Chiffres pour avril 1990.

- secteur privé: sur un total de 21.318 interruptions de carrière, 17.995 concernent des femmes;

- secteur public: sur un total de 25.874 interruptions de carrière, 22.143 concernent des femmes.

Là où une carrière masculine dure en moyenne 38 ans, elle n'est plus que de 26 ans chez les femmes avec toutes les conséquences (les droits à la pension, par exemple).

Faites le calcul: étant donné que les salaires des femmes s'élèvent en moyenne à 79% de celui des hommes, on voit tout de suite la discrimination. Le travail à temps partiel n'a pas été créé pour rien. Il est apparu dans les secteurs où principalement les femmes travaillent (hôpitaux, maisons de retraite). La moitié de tous les emplois à temps partiel sont occupés par des employées. En Belgique, malgré l'augmentation considérable du travail à temps partiel, le nombre de travailleurs prestant plus de 41 heures par semaine était de 37,8% entre 1990 et 1994. Là où principalement les hommes sont contraints à faire des heures supplémentaires, les emplois à temps partiel sont occupés à 80% par des femmes.

Les femmes ne sont donc pas tout simplement renvoyées au foyer. IL faut tenir compte d'une part des besoins du marché du travail (travailleurs flexibles et à bon marché), d'autre part du fait que le ménage classique a perdu de son importance: le nombre de ménages dont le chef est une femme augmente sans cesse.

 

En 1960, 56,5% des femmes de 20 à 34 restaient au foyer. En 1985, 19%. Il n'est plus si facile de renvoyer complètement les femmes au foyer, mais le temps partiel présente un atout majeur pour le patronat: une réserve de travail flexible qui doit absorber les pics dans la production et qui peut être écartée en temps utile, et qui peut même amortir les restrictions en matière de sécurité sociale (garde des enfants malades et des personnes âgées). Les femmes sont renvoyées temporairement au foyer avec soit un revenu qui dépend de celui du partenaire ou soit la misère.

 

Des mesures d'austérité sont ainsi réalisées en matière de sécurité sociale grâce à la sueur et aux nerfs de femmes.

Les femmes sont le plus durement touchées par l'austérité qui d'année en année grignote la sécurité sociale. Directement comme par exemple en matière d'exclusion du chômage. Indirectement par la dégradation, par exemple, de la qualité des soins de santé.

Les allocations de chômage étaient à l'origine considérées comme un droit individuel. Comme elles sont maintenant considérées comme une allocation au ménage (chef de ménage, isolé , cohabitant), c'est au détriment des femmes.

 

La majorité des cohabitants sont des femmes. Au cours des récentes années, les femmes ont été le plus touchées par l'article 143/80. La directive impitoyable concernant l'exclusion du chômage signifie que le droit aux indemnités de chômage est devenu une plaisanterie pour bon nombre de femmes.

De 1980 à 1988, les chômeurs perdirent 24% de leur pouvoir d'achat (10% pour un chef de ménage, 49% pour un cohabitant). Essayez un peu de vivre avec 21.000F par mois comme chômeur isolé et de maintenir une certaine indépendance économique avec 12.252F comme cohabitant, si entre-temps vous n'êtes pas exclus!

En 1991, l'ONEm a exclu 9% de chômeurs complets et de chômeurs à temps partiels involontaires. L'inégalité des femmes et des hommes augmente encore sur ce plan: en 1991 le pourcentage de femmes exclues du chômage a doublé alors qu'il restait constant chez les hommes. En 1993, ce pourcentage a à nouveau doublé pour les femmes.

Les exclusions définitives représentaient jusque 1990 45% du total des exclusions. De 1990 à 1993, ce pourcentage s'éleva de façon spectaculaire à 80%. Ce furent principalement des femmes qui furent exclues de manière définitive: 89% en 1993. Et ce, grâce à l'article 143/80 qui est une véritable machine à exclure.

Les salaires moins élevés et les carrières plus courtes font que les femmes titulaires d'une pension doivent s'en tirer avec un revenu nettement inférieur aux hommes. C'était le cas avant la réforme des pensions qui met les hommes et les femmes "sur un pied d'égalité" (dorénavant les femmes devront justifier 45 ans de carrière pour avoir droit à une pension complète). L'inégalité sera dorénavant renforcée car la réforme ne tient nullement compte de l'inégalité dans les faits entre les hommes et les femmes sur le marché du travail. Cette prétendue "égalité" ne représente rien d'autre qu'un renforcement de la discrimination dans les faits.

Chez les veuves, les revenus ne posent pas de problèmes spécifiques via les droits dérivés (pension de survie). Ainsi, le décès de l'époux salarié protège relativement les revenus de sa veuve. Mais pour les femmes seules (non mariées ou divorcées) la situation est toute autre. Un certain nombre touchent un revenu garanti (maximum 17.309F). En 1990 105.236 personnes y avaient droit. Pour 16.633 d'entre elles (dont 14.285 de non mariées) c'était l'unique revenu.

Des problèmes se posent aussi pour les femmes seules qui touchent une pension sur base d'une carrière complète: il y a une différence légère entre le montant moyen de leur pension et le montant moyen de celle des hommes. Avoir une carrière complète reste cependant un rêve pour la plupart des femmes, mais c'est devenu encore plus aléatoire avec la réforme des pensions.

Etant donné que les salaires moyens des femmes sont plus bas, très peu de femmes peuvent atteindre la pension maximale. En 1990, la pension moyenne annuelle des hommes s'élevait à 311.139 (45/:45e) et celle des femmes &a grave; 216.611F (40/40e).

 

Nous voyons ici les mesures directes d'austérité pour les femmes: les indemnités deviennent de plus en plus légères. Les femmes sont aussi atteintes indirectement par les mesures d'austérité dans la sécurité social et surtout en matière de soins de santé (séjours plus brefs dans les hôpitaux, structure défaillante et coûts élevés des soins à domicile, coût éle vé des maisons de retraites,...). Que les femmes travaillent ou non à l'extérieur, cela leur retombe dessus. Un exemple: les soins aux personnes âgées.

Le recul des soins dispensés par les institutions (maisons de repos, soins à domicile) a pour effet de faire peser sur le milieu familial une partie de ces soins. Dans 64% des cas ce sont les femmes qui prodiguent les soins aux personnes âgées: la plupart du temps la partenaire, souvent la fille ou la bru. Le démantèlement d'institutions de soins (le plus souvent sous le couvert du renforcement de la solidarité au sein du ménage) dupe en premier lieu les nécessiteux. Des services de soins corrects, collectifs et dotés de moyens suffisants sont une garantie d'indépendance des personnes âgées à l'égard de la disponibilité et de la situation financière de leur famille. La portée de cette couverture sociale diminue constamment: famille de taille plus réduite et problèmes de logement ont pour conséquence que l'hébergement de personnes âgées n'est pas toujours évident. Le gouvernement ne tient aucun compte de ces éléments.

Les soins professionnels sont aussi en grande partie une affaire de femmes: 89,5% du personnel soignant sont des femmes; il y a 100% de femmes dans les aides aux personnes âgées. Il ne faut pas s'étonner de cette situation car l 'optique est de dépenser le moins possible pour les plus faibles. Pour ce type d'emploi, les salaires sont bas et les conditions de travail mauvaises (travail de nuit, horaires flexibles). Le nombre de candidates infirmières diminue d'ailleurs.

 

Le résultat de la situation déplorable de la femme sur le marché de l'emploi et les restrictions en matière de sécurité sociale mène à une pauvreté accrue des femmes. Non seulement la majorité de ceux qui perçoivent le minimex sont des femmes, mais ce pourcentage augmente sans cesse.

 

Il faut combattre cette situation!

La dépendance financière à l'égard du partenaire reste pour beaucoup de femmes une réalité. La pauvreté touche plus de femmes que d'hommes. Tant que cette différence ne sera pas éliminée (et cela va plutôt dans le sens contraire ces derniers temps), d'autres problèmes continueront à torturer les femmes: la prostitution, la contrainte économique de rester auprès d'un partenaire même s'il est violent, un sous statut sur le lieu de travail.

Les possibilités de se battre sont plus limitées pour les femmes à cause de la double journée de travail, mais aussi, et surtout, parce que le travail précaire (temporaire, intérimaire, partiel, ALE) rend difficile l'organisation sur le lieu de travail. Les organisations syndicales doivent à ce sujet apporter une réponse urgente car les jeunes connaissent aussi une telle situation. Cela menace à son tour les organisations syndicales en ce qui concerne la défense des emplois stables (existent-ils encore?).

Les femmes ne baissent cependant pas les bras. Au cours des dernières années, beaucoup de secteurs typiquement "féminins" se sont révélés être de nouveaux secteurs de lutte: l'enseignement et les hôpitaux. Leur confiance croissante en elle-même sur le lieu de travail et des revenus s'extériorise aussi dans une confiance accrue face aux discriminations qui les touchent au foyer et dans la vie affective. Ainsi, en Grande-Bretagne la Campagne contre la Violence au Foyer, une initiative du Socialist Party (l'équivalent de Militant en Grande-Bretagne) a reçu l'appui de tous les grands syndicats.

En Belgique, l'absence d'une organisation qui se consacre à ce problème et qui organise les femmes dans une campagne de lutte s'est exprimé par une série de propositions de lois "à la Miet Smet". L'essentiel de ces propositions consiste toujours en sanctions lourdes pour ceux qui exercent la violence sur les femmes et les enfants, ce qui va en réalité peu changer les choses. Car le noeud du problème est de faire modifier les conditions sociales qui provoquent ces violences et ces discriminations. La bourgeoisie maintient volontiers la division entre les hommes et les femmes dans le monde du travail. Le foyer familial sert à discipliner les jeunes et les travailleurs. La positon subalterne des femmes permet d'affaiblir la résistance générale aux mauvaises conditions de travail et au démantèlement de la sécurité sociale et des services publics. "Diviser pour régner" reste la devise du gouvernement et de la bourgeoisie.

Que les femmes se portent à l'avant-plan sur toutes formes de contestation sociale a été démontré par le Mouvement blanc: des milliers de femmes habituellement absentes du terrain politique sont descendues dans la rue pour exiger justice.

Les femmes doivent se révolter et s'organiser pour mener cette opposition à bon port. Les organisations syndicales joue un rôle important à ce sujet, mais elles ne sont toutefois pas exemptes de préjugés. La place subordonnée des femmes dans la société se reflète aussi au sein des organisations syndicales. Il est donc important que les femmes exercent une pression consciente pour obliger les syndicats à rester ferme sur leurs positions non seulement contre l'extension débridée des sous statuts et des emplois au rabais, mais aussi contre le démantèlement des crèches et des soins de santé.

La reconnaissance de la situation de subordination des femmes n'a rien à voir avec un "féminisme plaintif", mais avec la conviction que le combat n'est pas terminé et que la lutte doit continuer.

 

Militant exige

- Une solution pour le chômage et la pauvreté

- Les 32 heures sans perte de salaire et avec embauche compensatoire

- Au minimum un salaire mensuel de 45.000F net pour tous

- Abrogation de tous les statuts précaires, des ALE, du travail intérimaire et leur remplacement par de vrais emplois avec un vrai contrat

- Remboursement aux caisses de sécurité sociale de tout ce qui y a été ponctionné

- La sécurité sociale doit redevenir un droit individuel

- Les indemnités ne peuvent pas être tributaires des revenus du ménage

- L'allocation familiale doit couvrir les frais réels

- De meilleures conditions de travail

- La suppression de la flexibilité imposée par les patrons

- La meilleure façon pour les femmes d'harmoniser ménage et travail consiste dans l'obtention d'horaires fixes

- Suppression du travail de nuit pour les femmes comme pour les hommes. Le travail de nuit nuit. Pour la santé comme pour les contacts sociaux. Dans les secteurs où le travail de nuit est indispensable (hôpitaux, institutions de soins) les horaires doivent être adaptés (moins d'heures).

- Un congé de maternité de minimum six mois avec plein salaire et la garantie d'un emploi durable.

- Pour débarrasser les femmes du fardeau de la double journée de travail:

- socialisation du travail ménager par l'organisation de services collectifs

- accueil gratuit et de qualité des enfants dans les crèches

- des soins de santé de qualité et gratuits par un service national de santé publique

- des restaurants collectifs bon marché et de qualité, des traiteurs, des lavoirs publics et autres services collectifs

 

Ces services publics doivent être organisés par les autorités communales sous le contrôle des travailleurs et des consommateurs.

 

Une véritable indépendance signifie aussi:

- Le droit au logement: un vaste programme de construction de logements sociaux et de rénovation de la ville afin de procurer à chacun un logis décent avec toutes les commodités.

Les loyers dans le secteur privé sont basés sur les salaire plus élevés des hommes. Les femmes aboutissent souvent dans des logements plus délabrés. N'oublions pas que dans notre pays, et principalement en Wallonie, beaucoup de logements sont insalubres.

 

- Le divorce libre à la demande de l'un des partenaires. Il faut mettre fin aux procédures humiliantes et coûteuses. Le droit à un revenu personnel suffisant par le travail ou les allocations de remplacement complété par des allocations familiales couvrant les frais réels peut mettre fin à la dépendance humiliante de la femme à l'égard du revenu de son époux via une pension alimentaire.

- L'avortement doit être retiré du code pénal, la femme doit pouvoir décider elle-même. Dans la plupart des cas se cachent des problèmes financier derrière la décision d'avorter. Pour une femme ayant des moyens financiers précaires, la venue d'un enfant est la quasi certitude de plonger dans la pauvreté. Les contraceptifs doivent pouvoir être délivrés librement et gratuitement.

- Plus de moyens financiers pour les structures d'accueil de femmes battues et pour les enfants.

Actuellement, il existe en Belgique 15 refuges avec une capacité moyenne de 15 personnes (y compris les enfants). Cela ne correspond pas avec les estimations officielles (trop basses) de maltraitance au sein des ménages. L'accueil doit être gratuit. Un bon suivi tant économique que social et juridique est indispensable. Un meilleur suivi judiciaire des auteurs de violences s'impose.

- Le droit des femmes de se défendre contre la violence.

Actuellement, la notion de légitime défense dans le code pénal ne tient pas compte de la violence intrafamiliale. La légitime défense ne doit pas toujours être dans ce cadre une réaction immédiate à une agression physique. La présence d'une menace constante réelle doit être portée en compte.

- Des campagnes de sensibilisation et de défense autour de la violence à l'encontre des femmes doivent être menées dans les établissements scolaires et sur les lieux de travail.

 

La société telle qu'elle est actuellement organisée ne veut pas financer tout cela. Ce n'est pas un problème de manque de moyens. Les bénéfices des sociétés débordent. Chaque anné ;e le trésor public paie aux banques 800 milliards d'intérêt de la dette publique.. La fraude fiscale est estimée à une fourchette entre 400 et 600 milliards par an. La nationalisation des secteurs clés de l'économie et en particulier des banques et des holdings sous contrôle ouvrier s'impose pour mener ce programme en vue de l'amélioration des conditions de vie de la majorité de la population. Pour une société dans laquelle les besoins de la majorité seront la boussole de la société, et non plus le profit d'une poignée de riches comme aujourd'hui.

Anja Deschoemacker



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