Un an après la Marche Blanche: la colère a-t-elle disparu?
Le premier anniversaire de la Marche Blanche n'est pas passé inaperçu. Des centaines et parfois quelques milliers de personnes sont descendues dans les rues. Le roi à refait une table ronde comme l'an dernier et la commission Dutroux se réunit à nouveau publiquement. Mais les masses n'étaient pas au rendez-vous comme l'an dernier. Où est passée la colère?
134 comités blancs ont rassemblé de 3 à 5.000 personnes à Neufchâteau. Ce n'était pas tout à fait un échec, mais cela ne représentait en moyenne que 20 à 30 manifestants par comité. Idem à Anvers où Tiny Mast, avec le soutien de Roberto D'Orazio et du Mouvement pour le Renouveau syndical, à mobilisé de 500 à 1.000 manifestants. Quelques centaines de lycéens ont suivi divers appel à la grève et à manifester: 300 à Ostende, 600 à Anvers et 150 à Gand. Ce n'est qu'à Courtrai que d'abord 1.000 et deux jours plus tard plus de 2.000 lycéens sont descendus dans les rues: autant que l'an dernier.
La manifestation de Courtrai ne se limitait pas à l'affaire Dutroux ou au sort des enfants disparus où assassinés. Le principal slogan était: "Le système est pourri jusqu'à la moelle!". La justice, mais aussi le chômage massif, le manquement de droits pour les jeunes, les mesures d'austérité étaient montrés du doigt par les manifestants. Bref la situation humiliante et sans perspective à laquelle les jeunes sont réduits par cette société.
La colère reste intense. Mais un mouvement ne se heurte pas deux fois à la même pierre. Beaucoup de ceux qui ont boudé les actions de rue continuent à soutenir les parents et les comités blancs. Ils sympathisent avec la commission Dutroux et prendraient sans doute parti elle en cas de confrontation avec le gouvernement. Tout comme ils soutiendraient les parents en cas de confrontation avec la gendarmerie ou l'appareil judiciaire.
Mais ces confrontations se font attendre. Bien que la gendarmerie se contredise et mente comme un arracheur de dents, la commission continue à écouter avec une patience d'ange. Personne ne donne à ces menteurs un bon coup de pied au cul. Au contraire, le projet de police unique et le nouveau projet d'article 342 va renforcer les pouvoirs de la gendarmerie. La démocratie dans tout cela, vous pouvez-l'oublier. Le gouvernement et la gendarmerie se moquent de la commission. Et que celle-ci? Elle se tient à sa respectabilité parlementaire et suit la loi à la lettre. A ce rythme-là, la commission peut continuer pendant des années tandis que les protecteurs de Dutroux et Nihoul restent tranquillement à leur poste.
A travers une campagne médiatique, ces puissants protecteurs puissants ont presque réussi à présenter Nihoul comme la victime d'une erreur judiciaire. Même Dutroux, considéré il y a quelques mois encore comme un monstre, commençait à y croire. Plein de confiance il a annoncé sa propre libération dans quatre ans. Heureusement l'inspecteur de la police judiciaire Drisket a fait capoter le tout en détaillant le ré ;seau criminel autour de Dutroux et de Nihoul.
Entre-temps la justice continue à s'enfermer dans sa tour d'ivoire. A la moindre occasion elle fait appel à la prétendue "séparation des pouvoirs" pour faire taire tout le monde. Curieusement, cette "séparation des pouvoirs" n'est pas aussi nette quand il s'agit d'actes de corruption et d'intérêts communs entre patrons, politiciens et juges.
Il faut bien constater que les comités blancs restent des spectateurs impuissants. Ils se réjouissent quand Verwilghen où un représentant du gouvernement donne un mot d'explication à une de leurs journées de discussion fréquemment organisées. Ils interprètent une déclaration du roi comme étant une "percée", bien que rien ne change. Beaucoup attendent le moment où les parents et les comités blancs diront: "Assez!" Il est grand temps que les palabres cessent et que l'on passe à l'action.