Un entretien avec Roberto D'Orazio

Sur la construction du MRS

Le Militant: Comment vois-tu le développement du Mouvement pour le Renouveau syndical (MRS)?

Roberto D'Orazio: Le MRS est encore embryonnaire et n'est pas encore structuré. Cela va dépendre de tous ceux qui y participent. A un moment donné il en sortira peut-être une volonté de le structurer et de le rendre plus efficace. Cela peut devenir un grand mouvement de masse. On doit d'abord travailler à plus le faire connaître et à l'élargir le plus possible afin d'éviter qu'il ne devienne un club. Tu comprends, il peut vite devenir un club dans la mesure où pas mal de gens qui y sont ont déjà des activités ou appartiennent à une organisation.

En tant que travailleurs de Clabecq, nous avons surtout agi jusqu'à présent sur la problématique de la fermeture de l'entreprise. Ce problème n'est pas clôturé, mais il n'y a pas pour l'instant d'élément essentiellement nouveau pour permettre de relancer l'action. Donc nous allons aborder aussi une nouvelle façon de travailler, du moins en ce qui nous concerne.

Comme on rencontre dans le MRS un tas de gens qui sont déjà engagés soit dans l'organisation syndicale soit dans différents partis politiques ou tendances structurés, on avait plutôt tendance à dire que ce n'était pas nécessaire de structurer le mouvement. Mais à la longue, un mouvement qui reste trop longtemps sans se structurer risque de ne pas donner satisfaction. En assemblée générale, la discussion n'a pas le temps d'être approfondie. On doit maintenant faire un travail plus approfondi. Il faut que l'on se fixe plusieurs objectifs concrets à atteindre sinon même les gens qui participent de façon plus large au mouvement risquent de ne plus comprendre le sens réel du MRS.

Le MRS veut avant tout soutenir une ligne syndicale qui n'accepte pas la résignation devant la logique capitaliste. Permettre à ceux qui sont dans les organisations syndicales traditionnelles - comment doit-on dire? "Traditionnelles?" , "Reconnues?", "Officielles?" - donc dans les syndicats officiels où les débats qu'on voudrait y voir ne s'y trouvent pas. On voudrait pouvoir donner un appui à pas mal de délégués pour qu'ils puissent mieux préparer la discussion "démocratique" dans leur syndicat de façon à faire entendre d'autres voix que celles officiellement reconnues c'est-à-dire celle du PS dans la FGTB et celle du PSC dans la CSC.

 

L.M.: Quelle est aujourd'hui la situation des travailleurs de Clabecq?

Roberto D.: Pour le moment, à part ceux qui sont inscrits dans un programme de prépension (environ 500) tous les autres sont chômeurs. Le redémarrage de l'entreprise n'est toujours pas officiel. On commence petit à petit à voir venir les critères de réembauche.

Ils convoquent les travailleurs des Forges au FOREm par groupe de 12 pour leur parler de la qualité du produit et du respect de la hiérarchie. Les travailleurs vont devoir passer des tests psychologiques pour voir s'ils sont "aptes" & agrave; travailler à Clabecq... alors que la plupart ont de nombreuses années de carrières aux Forges!

Ils n'ont pas parlé de qualification. Or on ne met pas sur une machine un travailleur qui n'y a jamais travaillé... même s'il réussit ses tests psychologiques! Si on veut faire tourner par exemple le laminoir, il faut engager les lamineurs. Si on ne les engage pas parce qu'ils ont raté leurs tests, le laminoir ne tournera pas.

On sent des manoeuvres douteuses. C'est d'autant plus inquiétant que c'est organisé par le FOREm. De nombreux travailleurs sont encore sous pression depuis le référendum qui a décidé que le combat s'arrêtait pour un moment: la peur de ne pas être réembauché, la peur de se retrouver complètement exclu.

De toute façon, il y aura environ 300 actifs et 400 blessés et grands malades qui resteront sur le carreau: ni travail, ni prépension. Certains espèrent que leur chef va les reprendre. Mais parmi les ingénieurs qui sont restés, on retrouve les 4 ou 5 plus réactionnaires, pour ne pas dire les plus idiots. On sent bien que dans le personnel actuellement appelé pour le maintien de l'outil, on écarte systématiquement tout travailleur ayant pris part activement à la lutte.

 

L.M.: Y a-t-il des travailleurs convoqués devant les tribunaux pour des faits relatifs aux actions menées?

Roberto D.: Jusqu'au présent personne ne doit comparaître au tribunal. Une grande partie de la délégation FGTB et une cinquantaine de travailleurs ont cependant été convoqués à la gendarmerie à la suite de plaintes enregistrées par le procureur.

Le 4 novembre prochain à 14 heures nous avons une audience au tribunal de Nivelles car la délégation a introduit une action en justice pour faire lever l'interdiction d'accès de l'usine - avec astreinte à la clé! - prise par le tribunal contre les délégués à la demande de Zenner le lendemain du référendum. Le fait que le juge n'ait même pas pris la peine de vérifier les faits invoqués par Zenner montre bien que la justice est du côté du capital et pas du côté du monde du travail.

Propos recueillis par Éric Byl et Guy Van Sinoy



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