Jan De Clerck
La chute d'un "homme d'affaires ambitieux"
Le 19 septembre, l'industriel Jan De Clerck a été arrêté et inculpé d'association de malfaiteurs, de faux en écriture, d'escroquerie et de blanchiment d'argent. Sa famille est mouillée dans nombre d'affaires de fraude. Sa société Beaulieu a une caisse noire de 40 milliards de FB. Si Dehaene a besoin de quelques milliards, il sait maintenant où chercher...
Celui qui vole un vélo est directement qualifié de délinquant, mais la presse présente De Clerck comme un "homme d'affaires ambitieux et parfois brutal" et semble considérer avec bienveillance cette dynastie qui a bâti un empire depuis 1959... au détriment des travailleurs, il est vrai.
La fraude est un des sports favoris de la famille De Clerck. Roger De Clerck, l'oncle de Jan, a été condamné en 1986 pour avoir dissimulé 1,5 milliard à l'étranger. Jan a été arrêté en Grande-Bretagne en 1989 pour fraude et a dû payer une amende de 250 millions de FB. De Clerck était un des meilleurs clients de la Générale de Banque qui n'était pas gênée par le blanchiment d'argent de celui-ci tant qu'elle y trouvait son compte.
La famille De Clerck a accumulé une richesse colossale. Elle possède dans le sud du Chili un lopin de terre plus grand que la Belgique. L'époux de la fille aînée de Roger De Clerck, Carl Bouckaert, est à la tête de Beaulieu of America, une petite entreprise familiale de 6.000 travailleurs avec un chiffre d'affaires proche du milliard de $. Aux USA, les usines sont surtout établies dans les États conservateurs du sud. Comme en Belgique, on est en relation avec les politiciens locaux et nationaux. Beaulieu devint un des principaux mécènes de Bush et de Reagan, les présidents républicains qui ont appris à leur peuple à endurer la faim et à mourir de froid dans la rue. Qui veut la fin veut les moyens. La famille De Clerck a trouvé chez Reagan et Bush des alliés naturels pour s'en prendre à la protection sociale et aux syndicats. Le financement des campagnes électorales de Reagan et de Bush donne la mesure de leur "indépendance". "Le chien lèche la main de celui qui le nourrit" dit un vieux dicton.
En Belgique, les entreprises De Clerck ne sont pas une sinécure pour militants syndicaux: les patrons regardent jusqu'au dernier franc pour payer leur personnel.
La Justice "indépendante" va-t-elle agir contre De Clerck. La famille menace déjà de délocaliser. Les travailleurs de Domo, une des entreprises de la famille De Clerck, ont été "amicalement" invités à signer une pétition exigeant la libération de leur patron "pour sauver l'emploi".
Ce n'est que sous la pression des travailleurs que le criminel De Clerck pourra être condamné. Parce qu'il est un des principaux capitalistes de Belgique, il est naturellement coupable de fraude, de corruption, de blanchiment, sans parler de l'exploitation de ses travailleurs. Au lieu d'un "homme d'affaires ambitieux et parfois brutal" nous voyons plutôt Jan De Clerck comme un "exploiteur mafieux".
Geert Cool