Algérie
De qui les massacres, font-ils le jeu?
Bon nombre de téléspectateurs et de jeunes découvrent l'Algérie à travers les récits de tueries barbares de civils par le Groupe armé islamique (GIA). L'horreur de ces massacres soulève le coeur d'autant plus que la plupart des victimes égorgées ou décapitées à la hache sont des femmes et des enfants.
Nous avons déjà publié dans notre journal un dossier consacré à l'histoire de l'Algérie, ainsi qu'un article sur les élections législatives du 5 juin 1997. Nous n'aborderons donc aujourd'hui que les récents événements.
Tous les observateurs sont frappés par la facilité avec laquelle les tueurs égorgent leurs victimes sans que l'armée (ANP) ne s'en aperçoive ou du moins n'intervienne. Beaucoup soupçonnent même certains secteurs de l'armée d'avoir perpétré une partie de ces massacres. De fait, depuis l'indépendance de 1962 l'armée a toujours été le véritable pouvoir. Les partis tels que le Front de Libération nationale (FLN, longtemps parti hégémonique) et le Rassemblement national démocratique (RND) qui soutient aujourd'hui le président Zeroual ne sont que les paravents de différentes fractions de l'armée.
La libération d'Abassi Madani, dirigeant du Front islamique de salut (FIS), montre que Zeroual est favorable à un compromis avec une partie du courant islamiste. Ali Belhadj, dirigeant de l'aile radicale du FIS et qui conserve la cons idération du GIA, reste par contre en prison. Cette stratégie de compromis avec une fraction des islamistes rencontre une vive hostilité au sein de l'armée et notamment auprès du chef d'état-major Mohamed Lamari, véritable numéro 2 du régime. L'idée qu'une fraction de l'armée laisse s'accomplir les tueries afin de légitimer un coup d'État militaire contre Zeroual circule dans les rues d'Alger.
Derrière ces manoeuvres la rente pétrolière est en un enjeu et les grandes puissances ne sont pas loin. Le général Betchine, ministre-conseiller, ancien chef de la sécurité militaire, proche de Zeroual et partisan d'un compromis avec les islamistes, passe pour être "l'homme des Américains". Après l'Afrique centrale, l'Algérie devient donc aussi un terrain de rivalité entre les impérialismes français et américain.
Une remontée de la lutte de classe pourrait toutefois offrir une autre perspective et faire reculer le pouvoir répressif et les islamistes. En juillet dernier, les travailleurs d'une usine de camions à Rouiba sont entrés en lutte contre les licenciements massifs: 30.000 personnes ont manifesté. Auparavant l'enseignement et le bâtiment avaient connu des luttes sociales importantes. C'est le fil rouge qui permettra de reconstruire un mouvement syndical indépendant du pouvoir et un parti ouvrier de masse capable de proposer aux masses un programme anticapitaliste afin de les sortir de la misère et de la barbarie.
Peter Delsing