VW

Vers les 35 heures

77% des ouvriers de l'usine VW à Forest ont approuvé la convention collective 97/98. Les principaux points sont:

- 35 heures sans perte de salaire (de 36 à 35h). Une revendication clé est ainsi obtenue. En échange, l'augmentation de salaire de 5F l'heure au 1/7/97 de la convention nationale ne sera pas appliquée. Mais l'application des 35 heurs sera progressive et ne sera effective qu'en 1999.

- 32 heures avec perte de salaire proportionnelle (8,57%) pour les ouvriers de l'équipe de nuit qui souhaitent ce régime sur base volontaire. C'est triplement négatif. Pourquoi les salaires des ouvriers doivent-ils baisser alors que les machines plus productives, qui permettent de produire autant (sinon plus) en travaillant moins, ont été achetées grâce à leur travail? Deuxièmement, la diminution "à la carte" (comme le revendique souvent la CSC) encourage les solutions individuelles plutôt que de renforcer l'esprit de lutte collective. Enfin, les barrières sont maintenant dressées pour une future réduction du temps de travail. En effet, on ne voit pas pourquoi à l'avenir VW accepterait de discuter des 32 heures sans perte de salaire si dès demain bon nombre d'ouvriers - contraints par les conditions pénibles de travail (stress, travail de nuit) - acceptent les 32h avec perte de salaire!

- travail en heures supplémentaires pendant 4 samedis en 1998 et en 1999, récupéré à 150% (8heures de travail donnent droit à 12 heures de récupération). C'est aussi un point négatif, même si ce n'est que 4 samedis, car il ne sera pas facile de faire marche arrière sur ce point lors des prochaines conventions. Jusqu'à présent, les travailleurs de VW ont été rebelles à l'instauration du travail du samedi. Ce n'est un secret pour personne que VW souhaite dès que possible étendre le plus possible le travail du samedi de façon à augmenter le temps hebdomadaire de production de l'usine. L'argument selon lequel "En Allemagne, cela fait longtemps que le syndicat a accepté le travail du samedi..." est un mauvais argument. La récente fermeture de Renault a prouvé que l'acceptation de la flexibilité ne garantit pas l'emploi. On pourrait même retourner l'argument dans l'autre sens et dire: "En Allemagne, les travailleurs en congé de maladie touchent 100% de leur salaire, pourquoi pas aussi en Belgique?" Depuis plusieurs mois, tous les responsables de ce pays affirment la main sur le coeur qu'il faut "mettre l'être humain au centre des préoccupations", mais dès qu'on discute gros sous, les patrons sont juste bons pour mettre l'être humain au service de la machine!

- La date de congés annuels a fait l'objet d'une âpre discussion. Avant, l'usine fermait quatre semaines en juillet ou en août. VW souhaite continuer la production l'été. La nouvelle réglementation des congés prévoit 3 périodes de 3 semaines de congé, par roulement entre le 29/6 et le 28/8 ainsi que la poursuite de la production pendant l'été.

La convention est donc un compromis. Le passage à 35 heures est important, mais les reculs le sont aussi (travail du samedi et surtout 32h à la carte avec perte de salaire). Elle illustre un certain rapport de forces en faveur des travailleurs et de la délégation syndicale au niveau de l'entreprise. Une grève limitée à l'entreprise aurait-elle pu arracher de meilleurs résultats? Ce n'est pas sûr. Pour arracher la diminution du temps de travail sans perte de salaire et avec embauches compensatoires, il faut une lutte d'ensemble.

Et il faut pointer à ce sujet l'inertie des dirigeants syndicaux nationaux. Nationalement, et surtout après la fermeture de Renault, une action de tous les ouvriers de l'automobile (GM, Volvo, Ford, VW) était nécessaire pour renverser le courant et arracher des acquis, plutôt que négocier nationalement - sans mobiliser - une convention de 5F sur 2 ans et l'annualisation du temps de travail.

Guy Van Sinoy



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