Aviation civile
Tarifs promotionnels sur le dos du personnel
Cela semble bien être les soldes dans l'aviation. "Le ciel est à tout le monde", dit Virgin Express. A l'instar de Southwest Airlines aux USA, les tarifs "bon marché" ont été le moyen de concurrencer les compagnies publiques européennes. L'explication habituellement donnée est que leurs tarifs sont bon marché parce qu'ils ne consacrent pas d'argent aux uniformes coûteux, aux premières classes et aux repas. En fait, c' est une maîtrise agressive de tous les coûts qui se trouve à la base de leur succès.
La compagnie irlandaise Ryanair, qui exploite la ligne Shannon-Charleroi, est un bon exemple de ce genre de compagnie privée qui ressassent la formule du "bus aérien" comme argument de vente. Il n'y a qu'une seule classe de passagers, les places ne sont pas numérotées et sont toutes non-fumeurs. On n'y sert pas de repas. Résultat: les coûts de catering disparaissent, les coûts de nettoyage baissent et les escales sont plus courtes. Les hôtesses - dont la plupart ont entre 16 et 17 ans - vendent le plus possible d'articles hors taxes car une bonne partie de leur rémunération en dépend (commission à la vente). Pour une journée de travail de 9 à 10 heures, le salaire de base annuel se monte à 5.000, (275.000FB). De plus, elles ne sont payées que quand l'avion vole! Sur trois hôtesses (le minimum légal), deux sont chargées du nettoyage de l'appareil aux escales tandis que la troisième s'occupe de l'embarquement des passagers. Comme l'avion ne reste au maximum que 25 minutes au sol, le même personnel effectue ainsi sans pause-repas six atterrissages et autant de décollages par jour. Les contrats de travail sont temporaires.
Michael O'Leary, le directeur de Ryanair a empoché l'an dernier une prime de 550 millions de FB.
La libéralisation du trafic aérien et la concurrence croissante ont sans doute entraîné des tarifs meilleur marché. Mais c'est d'abord le personnel qui est menacé d'en payer le prix (les 100 plus grandes compagnies aériennes à elles seules comptent déjà un million et demi de salariés). Combien coûteront sur le plan de la sécurité, les économies en personnel et en matériel? Cela pèsera-t-il sur les 5,5 milliards de dollars de bénéfices enregistrés dans ce secteur.
Geert Seynaeve