Lady Died...

Princesse des coeurs et reine de l'image

Elle s'appelait Diana et était princesse. La route et la vitesse l'ont fauchée comme beaucoup d'autres un samedi soir. Mais sa mort a fait la "Une", forgeant le mythe d'une idole dont la fin tragique aurait été quelque peu accélérée par ces cow-boys en motocyclette que sont les paparazzi. Pas tous seuls cependant car le chauffeur était ivre. Avait-il avait bu pour oublier ses déboires amoureux? Le coeur avait fait la gloire de Diana. Il a causé sa perte et celle de son prétendant.

Dès l'annonce du terrible carambolage, les médias ont immédiatement pointé du doigt les paparazzi, ces violeurs de vie privée prêts à tout pour un cliché volé. Quelle ingratitude! Editeurs et marchands de papier de tout acabit avaient tout à coup oublié que les photos, ça fait vendre... Et qu'ils étaient prêts à dépenser une fortune pour se procurer "le" cliché qui ferait exploser les tirages. En clouant au pilori les paparazzi, la presse capitaliste a fait payer quelques lampistes tout évitant que le feu des critiques ne désigne le véritable coupable: la presse commerciale prête à tout pour vendre du papier. Ainsi, le Sun a vendu un million d'exemplaires de plus après la mort de Diana. Une princesse qui meurt et ce sont des centaines d'arbres qu'on abat!

La presse avait fait la gloire de Diana. Lady Di a utilisé les médias dans son combat contre les Windsor et pour décrocher le pactole que son divorce a finalement rapporté. Les reportages en quadrichromie sur ses visites aux victimes du sida ou sa campagne contre les mines personnelles ont forgé le mythe d'une "princesse du peuple" proche des préoccupations du commun des mortels. Que Diana l'ait voulu ou non, ce mythe a fortement contribué à dévaloriser l'image de la famille royale dans l'opinion publique britannique. Les péripéties qui ont précédé les funérailles et la froideur de la reine - que l'on aurait cru sortie de la naphtaline - n'ont rien arrangé. Il a fallu que Tony Blair se jette à l'eau pour empêcher que les Windsor ne boivent la tasse. D'après les sondages, il n'y a plus que 35% des britanniques qui souhaitent le maintien de la monarchie. Et chez les jeunes, c'est encore moins!

Cette dégringolade du sentiment monarchique échappe totalement au contrôle de la bourgeoisie britannique qui voit là un de ses principaux atouts mis à mal. Car à certains moments la bourgeoisie a besoin de recourir à la monarchie pour maintenir sa domination.

Léon Trotsky écrivait à ce sujet: "C'est une grossière erreur de penser que le pouvoir du roi en Belgique est une fiction. D'abord cette fiction coûte de l'argent et il faudrait s'en débarrasser, ne fût-ce que pour des raisons économiques. Mais ce n'est pas l'aspect principal de la question. En temps de crise sociale, les fantômes prennent souvent chair et sang. Le rôle qu'a joué en Allemagne, sous nos yeux Hindenburg (en 1933), le palefrenier d'Hitler, peut très bien être joué par le roi des Belges, imitant en cela l'exemple de son collègue italien. (...) Qui veut lutte contre le fascisme doit commencer par lutter contre la liquidation de la monarchie."(1)

C'est également notre avis. Qu'elle soit "moderne" ou recouverte de poussière victorienne, la royauté sera toujours l'adversaire de la classe ouvrière. Pour les travailleurs britanniques, c'est donc une opportunité qui s'offre d'exiger l'abolition de la monarchie.

Pierre Stone

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(1) Le révisionnisme et le Plan, 9 janvier 1934, Léon Trotsky, in Oeuvres, tome 3, p.168, Ed. EDI, Paris, 1978.



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