Egypte

Les paysans face au FMI

Les campagnes égyptiennes sont depuis plusieurs mois en proie à un très large mouvement de contestation paysanne. L'origine du conflit est la promulgation en 1992 par l'Assemblée du Peuple (parlement) de la loi n°96 annulant la réforme agraire mise en place par le président nationaliste Nasser. Avant la prise du pouvoir par Nasser, la quasi totalité des terres cultivables étaient aux mains d'un petit nombre de propriétaires fonciers employant des paysans comme salariés agricoles avec des salaire de misère. Nasser a instauré les réformes agraires de 1954 et de 1961 en limitant la possessions de terres à 100 feddans (1 feddan = 0,42 hectare), ce qui a amené les propriétaires fonciers à louer leurs terres aux paysans pauvres. La loi nassérienne imposait alors une série de garanties pour les paysans: contrats de location à vie, loyer fixe et possibilité de léguer la terre en cas de décès. De plus, l'État était l'acheteur quasi exclusif des récoltes et fournissait à bas prix engrais et semences.

La loi n°96 de 1997 est l'aboutissement des directives du FMI prônant la libéralisation de l'agriculture mais aussi l'influence à l'assemblée du peuple d'une majorité de propriétaires fonciers élus grâce à la fraude électorale. L'application de cette loi, fixée au 1er octobre de cette année, libéralisant entièrement les contrats de bail (durée limitée, loyer fixé par le propriétaire) conduirait 5 millions de paysans et leurs familles à être expulsés de leur terre et de leur habitation.

La riposte des paysans est lancée depuis plusieurs mois, conduisant à de violents affrontements avec les forces de l'ordre qui ont tué une quinzaine de paysans lors de manifestations. Malgré le peu de soutien des partis d'oppositions et l'absence de structure organisée (il n'existe pas de syndicat paysan), le mouvement connaît un bon début d'organisation. Plusieurs militants de différentes tendances se sont investis dans ces comités de résistance de paysans, ont organisé des meetings publics dans les villages. Au Caire aussi, des comité de solidarité avec les paysans, animés par des intellectuels, des étudiants et des avocats se sont mis en place .

Le gouvernement a fait arrêter des centaines de paysans et plusieurs militants actifs dont Hamdine Al-Sabachi (militant nassérien qui a subi des tortures atroces), Mohamad Abdu (un des fondateurs de la section égyptienne de la Quatrième Internationale), Ahmed Al-Ahwani (militant de gauche indépendant) et Khamal Khalil (militant révolutionnaire arrêté depuis peu). Les paysans locataires, dont 20% sont des veuves de paysans, prennent activement part à la lutte. Ils sont déterminés à aller jusqu'au bout pour sauvegarder leur terre, leur emploi et leur logement.

Les paysans égyptiens, tout comme les paysans sans terre brésiliens, se trouvent confrontés à une politique néolibérale impulsée par le Fonds monétaire international (FMI) qui ne fait que s'étendre dans les anciennes colonies, mais aussi en Europe, et qu'il est urgent de combattre.

Hany Heshmat

 



Le Militant
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