Pourquoi il faut développer le MRS
Le point fort du Mouvement pour le Renouveau syndical (MRS) est sans doute la lutte exemplaire des ouvriers des Forges de Clabecq et de leur délégation syndicale. Maintenant que cette lutte a connu un tournant, le MRS va se retrouver probablement avec le vent de face. A court terme cela peut compliquer la mobilisation et affaiblir le mouvement. A moyen terme et à long terme, le MRS peut cependant jouer un rôle primordial.
Les perspectives économiques semestrielles du Fonds monétaire international (FMI) annoncent une croissance de la production mondiale. La Belgique serait un peu à la traîne, mais connaîtrait cependant une croissance modérée. Tout cela évidemment à condition que ne surviennent pas des événements inattendus comme par exemple un effondrement boursier. Une projection de la croissance économique à des conséquences importantes.
Le patronat et le gouvernement craignent que les travailleurs ne réclament leur part dès qu'ils constateront que les carnets de commande sont pleins. Après tant d'années d'austérité, de pertes d'emplois et de fermetures, les travailleurs voudront probablement rattraper le terrain perdu dès les premiers signes d'amélioration de la conjoncture. Le gouvernement et les patrons redoutent cela. Et ce n'est pas un hasard si le ministre du budget Van Rompuy a déjà annoncé qu'il fallait éviter les "fantaisies budgétaires" tels que augmentations de salaires et autres concessions aux travailleurs.
Pour la même raison, gouvernement et patrons insistent auprès des syndicats pour conclure un pacte de paix sociale, en réalité un pacte de démantèlement social. Les directions syndicales semblent disposées à accepter. A condition qu'elles puissent garder le contrôle de leur base, en particulier des éléments combatifs qui pourraient servir de détonateur pour la masse des travailleurs. C'est pourquoi le gouvernement et les patrons ont poussé un soupir de soulagement en apprenant le résultat du dernier référendum à Clabecq.
A court terme cela va compliquer l'organisation des forces combatives dans les syndicats. A moyen et à long terme, le MRS peut malgré tout devenir un pôle d'attraction pour les militants syndicaux qui veulent mettre à profit la croissance économique pour redémarrer la mobilisation. C'est pourquoi il faut continuer à développer le MRS et mettre sur pied le plus possible de noyaux locaux.
Le gouvernement et le patronat sont conscients du rôle décisif que le MRS peut jouer. Ils misent sur un pacte social avec les directions syndicales, mais savent aussi que ce pacte ne pourra tenir que s'ils parviennent à museler l'aile gauche des syndicats. C'est pourquoi ils préparent le durcissement de la répression. Les poursuites judiciaires contre des travailleurs de Clabecq, le projet de loi 342, le renforcement de la gendarmerie à travers une police unique et le refus de réembaucher des délégués de Clabecq font partie de cette stratégie.
La meilleure façon de se défendre est de continuer la mobilisation et d'élargir le MRS à tout le pays et tous les secteurs. La présence active du MRS et des travailleurs de Clabecq aux autres conflits sociaux qui se produiront donnera au MRS une large audience, et pourra mettre en avant une autre stratégie syndicale et finalement d'une autre politique que celle du patronat et de ses représentants au parlement et au gouvernement.