Renault
Des milliers d'emplois sacrifiés
Renault/Vilvorde a fermé ses portes le 31 juillet, comme la direction générale du groupe l'avait annoncé en février dernier. Une tel résultat était-il inéluctable? Revoyons le fil des événements.
* Vers le 21 février: le gouvernement belge est mis au courant du projet de fermeture. Rien ne filtre, mais les état-majors créent des cellules de crise (CVP/ACV d'une part, SP/ABVV de l'autre) chargés de désamorcer la bombe sociale enclenchée, d'autant plus que quelques semaines plutôt, il avait 70.000 manifestants à la Marche pour l'Emploi à Clabecq.
* 27 février: annonce de la fermeture pour le 31/7/97. Grève spontanée et blocage de 5.000 véhicules terminés (Mégane) qui attendaient sur un parking d'être expédiés.
* 7 mars: première grève des travailleurs de Renault sur le plan européen.
* 11 mars: 8.000 travailleurs de Belgique, de France et d'Espagne manifestent à Paris.
* 16 mars: manifestation à Bruxelles en faveur de l'Europe "sociale" et contre les fermetures "illégales". Lionel Jospin (qui ne sait pas encore qu'il va bientôt devenir premier ministre en France) déclare imprudemment que l'usine de Vilvorde ne peut fermer ses portes.
* 10 avril: après avoir canalisé la colère des ouvriers les plus combatifs vers des actions spectaculaires sur le territoire français (au lieu de mobiliser pour une grève nationale de tout le secteur automobile en Belgique), les secrétaires syndicaux, Gacoms (FGTB) et Jacquemyn (CSC) vont voter par référendum (sans donner la parole aux travailleurs en assemblée) la reprise du travail "pour continuer la lutte autrement ". Un tiers des travailleurs votent contre. L'usine ne tourne qu'au ralenti car beaucoup de travailleurs ne se présentent pas au travail.
* 26 mai: alors que des actions spontanées continuent, deuxième référendum destiné à mettre un terme à la grève perlée. Une seule question: "Etes-vous pour un plan social ?" (sans que l'on pose la question de savoir si les travailleurs veulent continuer la lutte contre la fermeture). Très large majorité de "Oui" dans la mesure où rien d'autre n'est proposé par les syndicats.
* 9 juin: alors que Jospin ne se souvient plus de ses promesses du 16 mars, les travailleurs repartent en grève.
* 24 juin: début des négociations entre Renault et les syndicats..
* 18 juillet: une très large majorité des ouvriers accepte le plan social, faute d'alternative. Les secrétaires syndicaux se disputent entre eux: Gacoms aurait voulu faire jouer la loi Vande Lanotte (baisse des charges patronales) pour augmenter de 20% le nombre d'emplois qui seraient maintenus sur le site (500 au lieu de 400).
En fin de compte, les appareils politiques (CVP, SP) et syndicaux (ACV, ABVV) sont parvenus à leur fin: circonscrire l'incendie afin d'éviter que Clabecq et Renault ne provoquent une explosion sociale de grande ampleur , négocier un plan social dans le carcan fixé par Renault et faire avaliser ce plan par les travailleurs en le présentant comme la seule issue possible.
* 20 août: des rumeurs menaçantes commencent à courir à propos de l'emploi à Ford/Genk...
Francine Dekoninck
Que deviennent les travailleurs?
Environ 600 prépensionnables (50 ans au 30/9/99) toucheront leur salaire complet pendant deux ans et puis passeront au système habituel de prépension (la moitié de la différence entre le salaire et le chômage est versé par Renault).
Les 152 travailleurs qui avaient quitté l'entreprise depuis le 27 février toucheront une "prime morale de dédommagement" (pas de retenues ONSS) de 150.000 à 350.000F brut selon leur ancienneté.
Les autres resteront inscrits sur les listes du personnel pendant maximum deux ans: il seront considérés comme étant en chômage économique (33.000F par mois) et Renault paiera un complément mensuel de 10.000F brut.
400 travailleurs pourraient être repris sur le site à des activités diverses, mais ces emplois restent encore à créer. De toute façon, il s'agit de délocalisation d'emplois existant actuellement en France.
Au total, 3.000 emplois sont donc partis en fumée, sans compter les firmes de sous-traitance...