Kazakhstan
Le capitalisme, c'est la déglingue!
Dans un film de la série Rocky, Sylvester Stallone trouve presque son égal chez le boxeur soviétique Ivan, un personnage inspiré d'Alexander Miroshnichenko de Koustanaï, une ville industrielle située au coeur de l'immense steppe kazakhe. Même Rocky aurait de la peine à survivre aujourd'hui à Koustanaï...
Depuis l'effondrement de l'URSS, certaines villes, jadis des fleurons de la machine industrielle soviétique, ont été abandonnées à leur sort. La plupart ne survivent qu'à grand-peine et Koustanaï n'est pas une exception. Aucune usine n'y tourne plus. Dans la plupart des immeubles, l'eau chaude est quelque chose qui appartient désormais au passé.
En dehors de la ville, la situation est telle qu'on est retourné à l'ère pré-industrielle. Beaucoup de villages ne disposent plus de raccordement au téléphone, l'eau chaude et froide manquent... Certains villages ont été totalement coupés de l'approvisionnement en électricité.
L'agriculture s'est effondrée au Kazakhstan. On n'a pas fait de semailles cette année dans la région de Koustanaï et les loups des steppes ont refait leur apparition dans le désert qui gagne du terrain sur la civilisation. Dans l'ouest du Kazakhstan, nous avons retrouvé des situations de famine, nous avons vu des paysans forcés de vendre leur bétail pour passer le long et rude hiver. Les cas de cannibalisme ne sont plus rares.
Alma-Ata, la capitale, semble mieux lotie à première vue. C'est seulement superficiel. Elle montre non seulement des indices de déclin, même si le gouvernement y maintient de façon volontariste un niveau de vie plus élevé, au détriment d'autres régions. La récente privatisation du réseau électrique et sa reprise par une entreprise belge ont été suivies de l'annonce que l'approvisionnement d'une petite ville du nord serait coupé pour garantir celui d'Alma-Ata.
En 1991, le président Noursultan Nazarbaiev, ancien membre du bureau politique proche de Gorbatchev, a pris toutes les mesures pour consolider son pouvoir: interdiction du Parti communiste, création d'un nouveau parti "socialiste" où on retrouve la plupart des bureaucrates. Nazarbaiev a immédiatement conduit un programme de privatisations massives tout en reprenant à son compte le régime répressif.
Tous les partis d'opposition sont confrontés à la répression. Lors d'une conférence de presse destinée à fonder une nouvelle Union des Jeunes communistes (dont les dirigeants défendent des positions politiques proches de celles de notre internationale, le CIO), un agent du KGB a ouvertement consigné tous les présents sur un film vidéo.
Des travailleurs communistes actifs sont régulièrement arrêtés et tabassés. Un de nos militants a été inculpé l'année dernier pour avoir organisé politiquement ses camarades au travail. Les poursuites n'ont été suspendues que lorsque ses collègues se sont groupés pour le protéger quand la police est venue pour l'arrêter sur son lieu de travail.
Des rumeurs courent sur l'existence de deux camps de prisonniers politiques encore en activité.
Dans ce contexte, l'opposition reste très faible. Malgré une interdiction quasi totale des grèves et des manifestations, différents mouvements de protestation ont eu lieu. Mais les difficultés de communication et la répression généralisée ont désorganisé et géographiquement isolé la plupart des partis.
Nazarbaiev tente de neutraliser l'opposition en proclamant cette année "Année de paix et d'harmonie sociale" durant laquelle tous les partis conviennent de ne pas organiser d'opposition active contre le régime.
Même au sein du Parti socialiste présidentiel il existe une opposition croissante. A Koustanaï, le secrétaire local du parti a organisé pour des militants syndicaux un meeting auquel un orateur du CIO a été invité. Une fraction du Parti socialiste d'ailleurs exiger un retour à la propriété étatique.
Il est très vraisemblable que le PS, du moins comme parti national, se disloque à brève échéance. Un nouveau parti présidentiel - le Parti libéral - vient d'être fondé. Son programme est ultra néo-libéral et anticommuniste à tout crin.
A court terme, le principal parti d'opposition restera le Parti communiste, flanqué du Mouvement ouvrier - Solidarité. Le Parti communiste a été créé en réaction à la transformation par la bureaucratie dirigeante du PCUS en parti pro capitaliste. Une partie de la direction du PC rejette maintenant les principes du "socialisme" et parle de la nécessité d'une économie mixte et de la signature d'un "pacte de paix ".
Le Mouvement ouvrier - Solidarité est issu des grèves du début des années 90, surtout dans les régions russophones. Il est le plus fort dans des régions industrielles et minières comme Karaganda et Oust-Kamenogorsk et a conduit une série de grèves et de manifestations. Toutes ces organisations militent momentanément ensemble avec les principaux partis nationalistes d'opposition au sein d'un front pour les libertés démocratiques au Kazakhstan.
Ces organisations nationalistes, qui s'étaient déclarées pro capitalistes il y a quelques années, ont mis une sourdine à leur credo capitaliste car les entreprises occidentales utilisaient leur position dominante pour sucer jusqu'à la moelle le peuple kazakh.
Le Kazakhstan ne pouvait pas se trouver dans une situation géographique plus défavorable, enclavé entre la Chine et la Russie. Seules les républiques encore plus répressives d'Asie centrale protègent le Kazakhstan contre l'Iran et l'Afghanistan.
Les multinationales occidentales sont venues ici pour exploiter impitoyablement le pétrole kazakh et les autres ressources naturelles. Il est clair que l'économie de marché ne peut offrir aucun bien-être à la population du Kazakhstan. La tâche de lutter pour une alternative - le vrai socialisme - est vraiment colossale.
Rob Jones (Moscou)