PSC

Un parti sous perfusion

Selon un récent sondage(1), le Parti social-chrétien ne recueillerait plus que 18,6% des suffrages en Wallonie (soit 1,5% de plus qu'Écolo) et 6,8% à Bruxelles (0,3% de plus que le Front national!). Voilà qui en dit long sur l'état d'affaiblissement de ce qui a été pendant longtemps le principal instrument politique de la bourgeoisie en Belgique.

Bien que le CVP reste le premier parti en Flandre (26,5%), on perçoit mieux le déclin historique de la famille sociale-chrétienne quand on compare ces chiffres avec ceux du ,passsé. En 1950, le PSC/CVP obtenait 32,9% en Wallonie et 60,4% en Flandre. A l'époque, les libéraux obtenaient respectivement 11,5% en Wallonie et 9,4% en Flandre (contre 29,3% aujourd'hui en Wallonie, 36,5% à Bruxelles et 22,7% en Flandre).

Il existe des raisons objectives à ce déclin structurel. Le PSC a participé à tous les gouvernements depuis le début de la crise capitaliste de 1974. Le discrédit des institutions le frappe de plein fouet car il est identifié à celles-ci. Sa politique de consensus mou le met en porte-à-faux face à la polarisation sociale à l'oeuvre aujourd'hui dans la société: le fossé entre riches et pauvres ne cesse de croître. A cela s'ajoutent d'autres facteurs: la bataille rangée qui a ravagé le PSC, il y a un peu plus d'un an(2), pour désigner à la présidence le successeur de Gérard Deprez a laissé de profondes blessures. La conduite désordonnée et incurablement optimiste de la présidence du PSC par Charles-Ferdinand Nothomb n'arrange évidemment rien.

C'est dans ce cadre que Gérard Deprez a décidé de refaire surface en proposant une fédération PRL/PSC. Une partie des cadres du PSC ont ainsi appris avec surprise que des négociations au sommet se déroulaient depuis près d'un an entre le PRL - qui est prêt à n'importe quelle gesticulation pour revenir au pouvoir - et le PSC. En fait, cette "fédération" signifierait une absorption de l'aile droite du PSC par le PRL et la constitution d'un grand parti bourgeois classique. François Martou (Mouvement ouvrier chrétien) a bien entendu clamé haut et fort son désaccord. En dehors du fait que les sondages estiment que 8% des électeurs du PSC voteraient pour un autre parti (PS, Écolo ou FN) si le PSC fusionnait avec le PRL, l'élément le plus important est que le lien de collaboration de classe qui lie le mouvement ouvrier chrétien (et la CSC) à la bourgeoisie serait rompu, du moins du côté francophone. Certes, le CVP jouit encore d'une implantation solide. Il n'empêche que la disparition de la structure typique de parti populiste interclassiste qui a dominé la vie politiqu e et sociale en Belgique depuis des décennies constituerait un bouleversement de l'équilibre politique dans notre pays. Il en résulterait une polarisation gauche/droite et placerait les travailleurs de la CSC devant le choix de se tourner vers un parti du monde du travail. Un tel cas de figure pèserait à la fois sur le PS et sur le CVP. En tout état de cause, un moyen puissant de la bourgeoisie belge de masquer les antagonistes de classe derrière la façade du monde chrétien disparaîtrait.

La chaîne de collaboration de classe qui lie les travailleurs chrétiens à la bourgeoisie risque donc de se rompre en son maillon le plus faible.

Guy Van Sinoy

 

 

 

(1) La Libre Belgique du 23 juin

(2) Voir Le Militant nE9, mai 1996



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