Petits boulots

Bosser pour des cacahuètes?

Délocalisations, restructurations et faillites s'accumulent. Les pertes d'emplois sont sévères. Les quelques "emplois nouveaux" qui remplacent ces emplois "stables" et correctement payés sont d'une toute autre nature. Et même si les chômeurs sont maintenant très bon marché et offerts presque gratuitement par le gouvernement, la courbe du chômage continue à crever tous les plafonds.

Une situation explosive en résulte. Rappelons-nous les émeutes massives des laissés-pour-compte à Los Angeles il y a quelques années. Le gouvernement s'en rend compte et à nouveau commencé une discussion sur l'emploi et la réintégration des chômeurs de longue durée. On pourrait s'en réjouir à première vue, si ce n'est que leurs propositions poursuivent la démolition déjà bien entamée des droits des travailleurs, comme des chômeurs.

Leur nouvelle trouvaille? Engager les chômeurs de longue durée comme pompistes ou chargeurs de sacs dans les grands magasins ... en "activant leur allocation de chômage", augmentée d'une cotisation à la sécurité sociale patronale ridiculement basse.

Miet Smet fait ainsi d'une pierre deux coups: non seulement le chômeur doit "mériter" son allocation qui n'est donc plus un droit, mais travail et salaire sont désormais distincts. Non pas certes que nous recevrons un salaire sans travailler, mais bien que nous devrons travailler sans recevoir de salaire!

Dans le capitalisme "libre" où nous vivons, les travailleurs doivent vendre leur force de travail pour assurer leur subsistance. Le patron détermine seul le nombre et la nature des emplois à attribuer.

Il a fallu des décennies de luttes acharnées pour imposer quelques limites à l'arbitraire patronal: ils ont dû concéder un salaire minimum pour le travail fourni, un système de sécurité sociale qui assure en toute circonstance un revenu aux travailleurs, même lorsqu'ils se trouvent provisoirement ou définitivement dans l'impossibilité de vendre leur force de travail.

Aujourd'hui, tout cela est remis en question. Le gouvernement et les médias invoquent "l'opinion publique" pour culpabiliser les chômeurs. Les emplois offerts ne sont accessibles qu'aux chômeurs "de trop longue durée", tandis que les autres en sont complètement exclus. En outre, ces jobs sont tellement mal rémunérés qu'ils ne peuvent être considérés comme des emplois à temps plein.

Et quid de la sécurité sociale? Qui va encore payer des cotisations sociales si on considère que les chômeurs doivent désormais gagner leurs allocations à la sueur de leur front? Le démantèlement de la sécurité sociale est bien contenu en germe dans ces "nouveaux emplois".

Mais à qui ces propositions vont-elles donc profiter? Seuls quelques ermites étrangers à ce monde pourraient douter de la réponse. Il est clair depuis longtemps que les patrons veulent seulement réduire au minimum les coûts du travail pour réaliser un maximum de profits. Les propositions gouvernementales leur permettent de disposer d'une main d'oeuvre presque gratuite. Ne vont-ils pas supprimer demain les emplois "trop chers" (lisez: les emplois pour lesquels il faut payer un vrai salaire)?

Les patrons veulent faire du profit. Ils rejettent la responsabilité du chômage sur le gouvernement. Un gouvernement réellement au service de la majorité de la population ne pourrait donner qu'une réponse: expropriation de tous les "employeurs" qui ne prennent pas leurs responsabilités. Mais "notre" gouvernement n'est qu'un pantin dont les patrons tirent les ficelles.

Nous sommes confrontés depuis des années à des "plans pour l'emploi". On a commencé avec les sous-statuts comme les ACS et les TCT. Le système des ALE - Sabine à la cuisine pour un salaire de famine! - nous a amené aux propositions actuelles: travailler pour garder son allocation. Tout ces plans partagent la même philosophie: casser les statuts, détruire la sécu, car le travailleur doit être nu. Il s'agit de briser les droits syndicaux et de forcer les couches les plus faibles de la classe ouvrière à accepter des emplois précaires pour un salaire de misère.

Et tout cela sous prétexte de "maintenir le droit des chômeurs à un revenu". Le principe est le suivant: "Si tu patauges déjà depuis longtemps dans la merde, tu seras bien content d'avoir un contrat ALE!"

Les résultats de cette politique sont déjà apparents: la loi de la jungle triomphe avec son lot d'exclusions et de pauvreté. Mais qu'importe! C'est le prix que le gouvernement est prêt à... nous faire payer pour que le tiroir-caisse de quelques nantis se remplisse encore davantage. La distribution équitable des richesses partout dans le monde est bien le cadet des soucis du pouvoir actuel. Mais c'est pourtant la seule issue pour garantir la subsistance de l'homme sur terre.



Le Militant
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