Amsterdam: voie sans issue

Les dirigeants des 15 États membres de l'Union européenne espéraient probablement un sommet plus réussi. Ils ont bien été obligés de tenir un peu compte des 20 millions de chômeurs en Europe. Mais ces petites concessions n'ont été faites qu'après la manifestation de 30.000 travailleurs et jeunes venus à Amsterdam de tous les coins d'Europe. Le sommet devait clôturer la prétendu e Conférence intergouvernementale qui avait débuté l'an dernier à Turin. Il devait légitimer le traité de Maastricht, aboutir à une plus grande intégration politique et garantir l'introduction de la mo nnaie unique européenne en 1999.

L'Union européenne aurait ainsi été bétonnée en vue de l'adhésion, au début du siècle prochain, de 5 nouveaux États membres d'Europe centrale. Ceux-ci auraient été confrontés à une Union où toutes les décisions importantes seraient scellées d'avance. Une nouveau traité devait être conclu pour améliorer le fonctionnement des institutions européennes.

Ces projets sont partis en fumée. Au lieu d'heureuses fiançailles prometteuses d'harmonieuses épousailles, le sommet a plutôt donné l'image d'un divorce imminent. La rupture immédiate, qui aurait signifié la fin de l'Euro, a pu être évitée en dernière minute par diplomatie.

Chaque dirigeant à reçu une feuille de vigne afin d'éviter un retour honteux. Mais l'échec du sommet est patent. Le rêve de la monnaie unique, glorifié par les gouvernements européens pendant la période de croissance économique de la fin des années 80, est devenu un cauchemar. Les dirigeants européens en sont peinés, mais abandonner complètement le projet déclencherait sans doute encore une plus grande anarchie financière.

Économiquement, la monnaie unique n'est pas réalisable. Politiquement, les dirigeants gouvernementaux ne peuvent se permettre d'enterrer tout le projet. Personne, même pas Kohl, n'a un plan concret sur la façon de créer la monnaie unique, ni sur son fonctionnement. De plus en plus d'experts plaident pour un nouveau sursis.

Sur d'autres dossiers, tels que l'arrêt des contrôles douaniers, la composition de la Commission européenne, le vote à la majorité et le droit de veto, on a un peu progressé, mais rien de fondamental n'est résolu. Il est fort improbable que l'on puisse avancer sur ces points avant l'introduction de la monnaie unique, en supposant que cela puisse être réalisé. La division l'a emporté sur l'aspiration &agrav e; l'unité, surtout en raison de la résistance croissante à l'austérité de la part de travailleurs qui l'associent à l'Union monétaire.

Le sommet d'Amsterdam à confirmé ce que Militant explique depuis des années: l'unification européenne sur une base capitaliste est exclue tant que le mouvement ouvrier sera capable de résister. Dans les périodes de croissance économique, l'aspiration à l'unification croît. Dans les périodes de stagnation ou de recul, les diverses bourgeoisies nationaux se replient sur leur État national respectif.

Militant est contre l'Europe unie capitaliste. Une telle Europe ne peut être sociale. Elle a pour seul but d'accroître les profits au détriment des travailleurs. Nous sommes pour une Europe où les richesses scientifiques et techniques seront utilisées au profit de toute la population. Une telle Europe n'est possible que dans le cadre du socialisme.



Le Militant
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