Conventions collectives
Il existe en Belgique un mécanisme de concertation sociale mis sur pied après la Deuxième Guerre mondiale par la bourgeoisie et les dirigeants du mouvement ouvrier (chrétien et social-démocrate). La bourgeoisie vise ainsi à intégrer les syndicats à l'Etat et au capitalisme. Des conventions collectives, rendues ensuite obligatoires par Arrêté Royal, se négocient par secteur au sein de commissions paritaires nationales. Cela permet aux organisations syndicales d'améliorer le sort des travailleurs là où le rapport de force est faible. A condition toutefois que le mouvement syndical mobilise les travailleurs dans l'action, ce qui est loin d'être souvent le cas.
Pendant la période d'expansion économique (jusque 1974), ce mécanisme a présenté pour la bourgeoisie beaucoup d'avantages. Il fallait évidemment augmenter les salaires, mais cela permettait de planifier les coûts de production. Bien souvent, quand les résultats de la croissance étaient connus, les travailleurs se rendaient compte qu'ils n'avaient pas exigé assez lors des négociations précédentes. De toute manière, quand un patron faisait faillite, la convention n'avait plus cours.
Depuis 1974, les conventions collectives de secteur jouent un autre rôle: corseter les délégations syndicales en limitant les possibilités de négocier des conquêtes sociales dans l'entreprise.
Un exemple: une convention collective ne prévoira qu'une très faible augmentation de salaire horaire pour "ne pas mettre en péril" une entreprise déicitaire du secteur concerné, alors que c'est la concurrence capitaliste qui est responsable des faillites. Les secrétaires syndicaux suivront souvent ce point de vue patronal en invoquant la "solidarité" entre les travailleurs du secteur.
Guy Van Sinoy
STIB
Sans démocratie syndicale, on n'obtient rien
A la Société de Transports Intercommunaux Bruxellois, le cahier de revendications pour la convention a été élaboré par les directions syndicales sans consulter la base. Il comportait un premier volet soutenu par la FGTB (36 heures sans perte de salaire et avec embauche) et un second soutenu par la CSC et les libéraux (conditions de travail, barèmes). Mais les dirigeants FGTB ont revu à la baisse leurs revendications en proposant 3 7h30, sans embauche, en échange de la flexibilité.
Une grève spontanée a alors éclaté le lundi 26 mai au dépôt Delta (bus et métro) pour s'étendre aux dépôts de Molenbeek, Haren et St-Gilles. Deux motifs de colère chez les conducteurs: la manière antidémocratique dont les négociations étaient menées et le caractère insuffisant du cahier de revendication en général. Après avoir cassé la grève qui a cessé vers 18 heures, les syndicats ont continué les négociations pour présenter le 29 un nouveau cahier de revendications adopté à la sauvette. Le lendemain, la convention était signée. Elle compren d quelques améliorations en matière de barème, par exemple pour ceux-peu nombreux- qui ont 20 ans de conduite.
Des menaces de sanctions à l'égard des grévistes ont ensuite été insinuées par des dirigeants syndicaux. Les travailleurs partagent le sentiment qu'on aurait pu obtenir plus, mais que le refus des syndicats d'informer et de consulter la base est d'abord ce qu'il faut changer si l'on veut se défendre efficacement.
Un délégué de base à la STIB
AMP
Un pas vers les 32 heures
Après 5 mois de négociations, la direction des Messageries de la Presse (AMP) refusait toujours de dépasser les 6,1% bruts de hausse salariale fixés par les pouvoirs spéciaux. Les travailleurs sont passés à l'action début juin en revendiquant une hausse salariale, la diminution du temps de travail, la sécurité d'emploi.
La direction a du concéder l'accord suivant entériné par 69% des travailleurs:
- hausse de salaire de 0,5% au 1/1/98;
- prime unique de 15.000F payable au 31/7/97;
- augmentation des chèques repas de 500F au 1/9/97;
- 35h au 1/12/98 et renégociation des 32h en janvier 1999;
- embauche immédiate de 20 travailleurs à temps plein et de 10 autres en décembre 1998;
- sécurité d'emploi conventionnelle intégrée au règlement de travail.
La diminution du temps de travail se fera sous forme de jours compensatoires, car l'entreprise travaille 24h sur 24, 7 jours sur 7.
Martine Draps
VW
35 heures sans perte de salaire
A l'heure de boucler notre journal, les négociations pour la convention d'entreprise ne sont pas encore terminées à l'usine VW de Forest. Un pré-accord semble cependant se dégager sur les points suivants.
- Diminution du temps de travail de 36 à 35 heures pour tous sans perte de salaire ni baisse des charges sociales;
- Possibilité pour les travailleurs de l'équipe de nuit qui le veulent de passer aux 32 heures. La diminution du temps de travail (de 35 à 32h) représente 18 jours de congés compensatoires. Pour ces 18 jours, la prime d'équipe ne serait pas payée.
- Travail pendant 4 samedis en heures supplémentaires payés à 150% et récupérables à 150% (6 jours de récup).
Les modalités d'application sont encore à discuter. La mise en production de nouveaux véhicules (nouveau modèle Golf, Seat Toledo) fait en effet toujours l'objet d'un réaménagement des méthodes de travail.
Au cours des négociations, les travailleurs des différents ateliers ont montré leur détermination en débrayant à titre d'avertissement.
Correspondant, 20/6/97
Agfa-Gevaert
La lutte paie
Les propositions patronales étant jugées insuffisantes, les travailleurs de Agfa-Gevaert de Morstel (Anvers) ont fait quatre jours de grève. Le secteur de la chimie enregistre actuellement des superprofits. L'action des travail leurs a permis d'obtenir une hausse de salaire horaire de 13FB en deux ans, une prime unique de 8.000FB, le prolongement de 6 mois des contrats de 3 ans. Lors de la prochaine convention, on examinera la possibilité de transformer ces derniers en contrats à durée indéterminée.
Correspondant