Algérie

Des élections sur mesure pour Zeroual

Les élections législatives du 5 juin se sont déroulées dans un contexte d'attentats aveugles et de tueries. Le parti du président Zeroual (RND), créé il y a trois mois, sort vainqueur des urnes alors que les partis d'opposition dénoncent le bourrage des urnes. Les réunions publiques des partis avaient été interdits jusqu'au avant le 15 mai alors que le gouvernement monopolisait les médias. De larges secteurs de la population, meurtris par la violence et résignés, ont considéré Zeroual comme un moindre mal. Le taux d'abstention est élevé.

La légitimation électorale de Zeroual permet à la bourgeoisie de se donner les moyens politiques pour diriger d'une main de fer. Les maigres libertés conquises sous la pression de la rue en 1988 ont été sup primées. Le RCD et l'ex-Parti communiste (PAGS), partisans de l'éradication des islamistes, ont été un relais de la propagande du pouvoir pour justifier le coup d'État de 1991. Le FIS (islamiste) a été progressivement marginalisé par les manoeuvres du pouvoir qui l'a poussé de plus en plus à la violence et qui a divisé le courant islamiste en associant le Hamas au gouvernement.

L'enjeu central de la bourgeoisie algérienne est la rente pétrolière. C'est ainsi que la majorité de l'armée est mobilisée pour surveiller les zones pétrolières. L'État s'est même payé le luxe de rémunérer les milices "d'autodéfense", qui attirent ainsi des miliciens en chômage au terme de leur service national.

Chômage et précarité constitue le lot quotidien de la masse des Algériens, comme dans tous les pays qui subissent de plein les réajustements structurels du Fonds monétaire international (FMI). Les paysans sont durement touchés, à la suite de la hausse du coût du matériel et des engrais, mais aussi parce qu'ils sont chassés vers les villes par les exactions des groupes armés islamistes. Malgré la répression et les intimidations, le mouvement social connaît des sursauts importants. La grève des enseignants - soutenue par les étudiants - pour une hausse des salaires et de meilleures conditions de travail a duré quat re mois. Le secteur du bâtiment a aussi connu des mouvements importants. Comme les organisations de gauche ont déserté le mouvement syndical (UGTA), les bureaucrates syndicaux ont eu les mains libres pour désorganiser les luttes.

Les travailleurs n'ont cependant aucune illusion sur le libéralisme mafieux de la bourgeoisie. La violence masque le vrai problème, celui de la lutte de classes.

Martine Draps

 

Nombre de sièges

RND (Rassemblement national démocratique (soutien à Zeroual): 155

MSP (Mouvement de la société pour la paix, ex-Hamas islamiste): 69

FLN (Front de libération nationale): 64

ENNAHDA (islamiste): 34

FFS (Front des Forces socialistes): 19

RCD (Rassemblement pour la Culture et la Démocratie): 19

PT (Parti des Travailleurs, trotskyste): 4



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