Wathelet conserve son poste...

On savait déjà que les grosses légumes (chefs d'entreprise, politiciens, juges, état-major de la gendarmerie et de l'armée, palais royal,...) sont à cent lieues de la pauvreté, de l'insécurité et des privations endurées par bon nombre d'habitants de notre pays. Mais que se passe-t-il quand une membre de cette "élite" se trouve en difficulté?

Par Anja Deschoemacker

"La commission Dutroux devrait, en fin de compte, rechercher les responsabilités au sommet". Encore une promesse non tenue! Car en fin de compte, la commission ne désigne qu'un des responsables: Melchior Wathelet. Et celui-ci est confirmé par le gouvernement dans ses fonctions à la Cour de européenne de Justice.

Dehaene estime que Wathelet a été "suffisamment sanctionné par la simple mention de son nom dans le rapport de la commission" et qu'il ne doit pas perdre son poste (grassement payé). Dehaene prend, au nom du monde politique, "la responsabilité globale" des erreurs et des manquements de la justice au cours de ces derniers années. Bon, et après?

Des dizaines de milliers de travailleurs et de jeunes ont manifesté pendant la semaine précédant la Marche blanche pour clamer leur colère face à la pourriture du système. Ils n'exigeaient pas de "faire rouler quelques têtes", mais la clarté pour un vrai changement.

Ce mouvement a été canalisé puis récupéré de façon magistrale: le rapport de la commission finit même par recommander la création d'une police unique! Qui va contrôler cette police unique dont la colonne vertébrale sera constituée par la gendarmerie? Toutes les polices ont "couvert" de nombreuses affaires. Mais la gendarmerie constitue un État dans l'État: elle a constitué des dossiers sur tout mouvement de contestation et a fiché des centaines de milliers de personnes, y compris les délégués syndicaux.

C'est une force de répression qui échappe non seulement de manière totale au contrôle de la population, mais aussi au contrôle des pouvoirs législatifs, exécutifs ou judiciaires.

 

... des milliers de chômeurs privés de leur allocation

Wathelet a plus de chance que les centaines de milliers de chômeurs qui doivent vivre d'une allocation. Car les chômeurs ne bénéficient pas de la présomption d'innocence. S'ils sont exclus du droit aux indemnités, c'est à eux de prouver qu'ils ne travaillent pas au noir, ou qu'ils ont recherché "activement" un emploi. Au cours des dix dernières années, 417.101 chômeurs ont été exclus. Il suffit d'être soupçonné pour être sanctionné.

Le rapport annuel de l'ONEM mentionne que 63.825 de chômeurs ont été exclus en 1996, et 60% d'entre-eux de manière définitive. La moitié ont été exclus pour chômage de longue durée, l'autre moitié par sanction. La sanction la plus fréquente est pour avoir complété la carte de contrôle de façon "incorrecte" (exemple: en n'utilisant pas de l'encre indélébile), ce qui " suppose le travail au noir"!

Une fois exclu définitivement, le chômeur doit travailler un an ou deux pour récupérer ses droits. Pour des chômeurs non qualifiés ou qui ne sont plus tout jeunes, c'est presque impossible. Pour eux cette sanction est quasiment à vie.

Les chômeurs exclus ne peuvent échapper aux sanctions. Pour eux Dehaene ne prend pas de "responsabilité globale". Ils sont exclus - non seulement du chômage - mais de la société... pour ne pas avoir trouvé de travail alors qu'il n'y en pas!

Ceux qui ont un emploi, ne doivent pas compter sur la "responsabilité globale" du gouvernement. Un travailleur licencié pour faute grave n'a pas de recours. Il reste licencié et n'a pas droit à une allocation de chômage même s'il a des personnes à charge.

Pas besoin de faute "grave" cependant pour perdre son emploi. Des licenciements, il y en a chaque jour à la pelle. Chaque semaine, la liste des travailleurs qui perdent leur emploi s'allonge: Renault, Clabecq, Belgacom, SNCB, Nova, Philips, Cockerill, FN, Bulex, Alcatel, Hexcell, Novoboch... Et demain? Vous, peut-être?



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