L'ancien Zaïre, avec ses 45 millions d'habitants, est le deuxième pays d'Afrique. Il dispose d'immenses richesses minérales et d'un sol agricole très fertile. Mais le pays était
économiquement et socialement saccagé. Depuis 1988,
l'activité économique a reculé de 40%. L'infrastructure, les soins de santé et les services se sont effondrés. C'est le prix de 32 ans de mobutisme. Mobutu,
quant à lui, a accumulé une fortune estimée au milieu des années 80 à 237 milliards de FB grâce à la protection des autorités belges et françaises qui n'hésitèrent pas à
dépêcher leurs paras sur place pour soutenir la dictature. La fin de la guerre froide a signifié la fin de Mobutu. Avec la chute des régimes staliniens à l'Est, plus besoin de "rempart contre le "communisme". En Ouganda, en Éthiopie, en Érythrée et au Rwanda
d'anciens dirigeants de guérillas "marxistes" ont pris le au pouvoir, ont laissé tomber leurs principes et ont choisi de collaborer avec le FMI et les États-Unis. Ces régimes n'avaient pas recours au pillage et à la corruption, contrairement au mobutisme qui entravait l'exploitation efficace des richesses par l'impérialisme. Mobutu était devenu un personnage superflu et
embarrassant dans le nouvel ordre africain. Il l'avait d'ailleurs compris et a tenté de sauver sa domination. En avril 1990, il a entamé un pseudo processus de démocratisation avec la création d'une Assemblée nationale souveraine.
Mais le projet était voué à l'échec. Mobutu a toujours encouragé les conflits ethniques pour affermir son pouvoir, mais cela s'est retourné contre lui après la victoire du FPR au Rwanda. Plus d'un million
de réfugiés hutus rwandais, parmi lesquels quantité de soldats de l'armée rwandaise en fuite et des milices interahamwe, ont franchi la frontière zaïroise sous la protection des paras français. Au
départ du territoire zaïrois, ces milices ont organisé des raids au Rwanda, en Ouganda et même au Burundi. Mobutu a aussi utilisé ces milices hutues contre sa propre population en particulier contre les Tutsis zaïrois. Ainsi un front s'est formé et a finalement avancé jusqu'à Kinshasa. Dès que l'AFDL est devenue une menace réelle pour Mobutu, des troupes impérialistes ont pris position à l'Ouest de la frontière
zaïroise. La France et la Belgique ont joué le plus longtemps possible la carte Mobutu. Estimant que l'émergence de Kabila était l'occasion de renforcer leur position dans la région, les États-Unis ont fait
obstruction à une intervention pseudo humanitaire. Mais d'autre part, afin d'éviter que Kabila ne remporte la victoire sur toute la ligne, les États-Unis ont tenté d'imposer un partage du pouvoir à travers des
négociations avec les débris du mobutisme, au moins avec l'opposition officielle. Kabila a accompli ce que tous les pouvoirs impérialistes voulaient éviter à tout pris: prendre d'assaut Kinshasa. La position de Kabila est donc aujourd'hui forte. Ce qu'il va ensuite faire reste provisoirement une
énigme. Les besoins sont immenses: emplois, salaires, soins de santé, enseignement, logement, transport et communications... L'objectif n'est pas seulement la reprise de l'économie et sa gestion dans l'intérêt des masses, mais
aussi la reconstruction d'une économie totalement ruinée. Cela ne peut se faire en ouvrant le pays à la dictature du marché et au capitalisme mondial. L'Alliance semble pourtant suivre cette voie: avant la prise du pouvoir, des accords d'exploitation ont déjà été
signés avec des entreprises américaines et sud-africaines. Cela ne peut aboutir qu'à des zones franches dans les provinces disposant de richesses minérales où des journées de 16 heures de labeur avec des salaires de
famine seront la norme. Seul un gouvernement qui nationalise et planifie l'économie en faveur des masses peut offrir une solution. Les ouvriers et les paysans pauvres doivent être impliqués dans la mise sur pied et l'application d'un plan de
reconstruction. Le Congo devra évidemment faire du commerce avec le capitalisme mondial. Il sera donc soumis à une pression gigantesque. En restant indépendant de l'impérialisme et en mettant l'intérêt du peuple au centre de
ses préoccupations, le Congo peut être un exemple pour tous les Africains et un pôle de solidarité internationale. Quel choix pour le Congo?