Gand, le 27 mai 1997 

 

Aux représentants des organisations progressistes du Congo/Kinshasa

 

Après 32 ans de dictature, la population congolaise a pu chasser Mobutu. Alors que la situation semblait sans perspective il y a un an, il n'a fallu que 7 mois pour faire tomber ce régime. Une fois de plus, il est ainsi démontré que lorsque les conditions pour la révolution sont réunies, aucune force au monde ne peut arrêter la masse révolutionnaire. La prise de pouvoir par Kabila a renforcé la confiance et les espérances des ouvriers, des fonctionnaires, des petits commerçants et des paysans congolais.

 

La prise de pouvoir n'a été possible que grâce au soutien actif de larges couches de la population. Les premières mesures du nouveau régime indiquent cependant que beaucoup d'éléments de l'ancien régime restent en place. Il faut donc veiller strictement à ce que tous ceux qui se sont enrichis sans honte sous Mobutu et qui ont collaboré avec le régime soient chassés des postes à responsabilité (armée, police, administration,...). Il semble que cela ne soit pas le cas. Ainsi on se montre conciliant avec le souhait exprimé par l'impérialisme d'une "transition de pouvoir pacifique" afin de laisser intacts les relais des intérêts des plusieurs puissances impérialistes.

Dans le camp impérialiste, des intérêts contradictoires sont en jeu: la France accorde l'asile politique à Mobutu, tandis que Kabila reçoit le soutien des Américains et des Britanniques, apparemment aussi en ce qui concerne la revendication de la confiscation de la fortune de Mobutu. Cette confiscation et l'élimination de la corruption signifieraient un grand pas en avant, mais n'est pas en soi une garantie pour une amélioration fondamentale de la situation.

 

Les biens confisqués devront servir à la population et pas au remboursement des dettes faites par le régime corrompu: l'annulation de toutes les dette et un programme massif de travaux d'utilité sociale (construction d'hôpitaux et de dispensaires, d'écoles,...) sont indispensables.

 

La prise du pouvoir par Kabila rendra possible le redémarrage du secteur minier et de l'agriculture. Les conditions de travail dans les "zones économiques spéciales" d'autres pays coloniaux ou ex-coloniaux soulignent la nécessité de développer et de renforcer des syndicats libres et des comités de base.

 

Les revendications des ouvriers et les paysans se heurteront vite frontalement à la soif de profit des nouvelles sangsues capitalistes. Kabila devra choisir entre les intérêts de la population qui l'a porté au pouvoir et ceux du capitalisme international.

 

L'UDPS de Tshisekedi doit être considéré comme le défenseur politique le plus conséquent de la bourgeoisie. Les clameurs hypocrites sur la démocratie et la nécessité d'élections ne défendent pas les intérêts de la population, mais ceux de partis disposant de beaucoup de moyens et soutenus par des puissances occidentales. Seuls la nationalisation des mines sous contrôle ouvrier, et le monopole de l'État sur l'exportation des richesses produites par les travailleurs, peuvent offrir suffisamment de garanties.

 

Le Bureau exécutif de Militant



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