Référendum aux Forges de Clabecq

La manoeuvre de Collignon échoue

Les patrons, la Région wallonne et les directions syndicales, relayés par les médias, avaient mis le paquet pour faire avaler aux travailleurs de Clabecq le protocole d'accord concocté en haut lieu. Malgré cela, les travailleurs de Clabecq ont rejeté le protocole par 55,7% des voix. Ce protocole exigeait d'abord la sortie des produits finis (brames et tôles) en échange de deux fois rien.

Ainsi:

- le paiement du complément (la moitié de la différence entre le salaire et les indemnités de chômage) pour les prépensionnés est déjà prévu par une convention passée. De plus, ces derniers ne perçoivent plus le complément conventionnel de 2.500F (pour les ouvriers) ou de 8.000F (pour les employés);

- les aides CECA (indemnités de licenciement) constituent un droit acquis de la réglementation européenne;

- les prépensionnables (363 travailleurs âgés de 50 ans et plus fin 1998) étaient soumis à un odieux chantage: accepter une prépension au rabais (sans les 2.500F ou les 8.000F complémentaires), chômer pendant 2 ans, abandonner leur préavis légal (437 millions au total). De plus, les accidentés du travail et les malades à la date de la faillite auraient été exclus de cette prépension;

- aux autres travailleurs, le protocole proposait une prime de 60.000F brut (total 106 millions) s'ils abandonnaient leur préavis légal, les congés compensatoires, les congés payés (employés), les re tenues sur salaire (10% depuis 1992) et 5 treizièmes mois (total plus de 3 milliards).

 

La curatelle exigeait 100 millions supplémentaires pour le maintien de l'outil, alors que tout est à l'arrêt. La levée des hypothèques bancaires signifiait que l'État fédéral versait 1,2 milliards à la SNCI, qui a déjà amassé des profits considérables sur le dos des travailleurs.

 

Après le vote, la délégation syndicale FGTB et CSC des Forges a rappelé qu'elle exigeait le paiement de la prépension complète conventionnelle et l'abandon de la part des banques des créances sur les biens de l'entreprise, sans exception. Elle conditionne la livraison des stocks à:

- un plan industriel et financier garantissant l'avenir de l'entreprise et du personnel;

- la reconnaissance des créances à l'égard des travailleurs, officiellement et individuellement;

- le paiement des compléments (2.500F ou 8.000F) pour tous les prépensionnés;

 

L'apparition soudaine d'un pseudo repreneur à la veille du référendum semble n'avoir été qu'une manoeuvre pour influencer le vote. C'est pourquoi la délégation exige que tout candidat repreneur réponde aux question suivantes:

- 1. A quel prix rachète-t-il l'usine?

- 2. Pour faire quoi? Pour la faire fonctionner comme sidérurgie ou la couper en mitraille?

- 3. Combien de travailleurs reprendra-t-il? Et les autres?

- 4. Combien d'années de travail garantit-il?

- 5. Pourquoi vider l'usine de ses stocks alors que ceux-ci représentent des produits semi-finis à laminer, représentant une valeur à ajouter de 500 millions?

- 6. Quel est son plan d'investissement?

- 7. Quelle est sa politique industrielle et commerciale?

 

Médias, banquiers, curateurs et politiciens se sont déchaînés contre la délégation de Clabecq dès que les résultats du scrutin ont été connus. Les travailleurs de Clabecq ont l'habitude d'être calomniés. Mais cette fois, ils avaient la satisfaction d'avoir fait mordre la poussière à l'adversaire.

Francine Dekoninck



Le Militant
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