Les prisonniers turcs ont été réveillés le 19 décembre 2000 par un bruit de bottes. Le gouvernement turc avait en effet ordonné de transférer tous les prisonniers politiques dans des prisons de "type F", où les prisonniers sont complètement isolés et ceci dans des conditions extrêmes. Ces mesures ont été appliquées avec une violence inégalée jusqu'ici, même à l'époque du coup d'état dans les années 80. De source officielle, on dénombre 32 morts, dont plusieurs brûlés vifs, lors de l'assaut mené par militaires dans les prisons et le nombre de morts parmi les grévistes de la faim après les transferts a dramatiquement augmenté. La violence venait essentiellement du même côté: "Ce sont les militaires qui ont mis le feu, pas nous" criaient les prisonniers une fois sorti de prison pour leur transfert. Depuis les dernières élections générales de 1999, le gouvernement turc est formé d'une coalition de sociaux-démocrates, de libéraux et de fascistes. Ce gouvernement applique depuis lors un programme néolibéral dur et ceci sous la direction du FMI et de l'union européenne. Le gouvernement turc passe pour être très stable, et veut garder à tout prix cette image. Mais dans le cas d'une recrudescence de la lutte des classes, cette stabilité risque fort d'être compromise.
Une grève générale a éclaté début décembre, avec environ 1 million de grévistes, pour protester contre le programme du FMI appliqué par le gouvernement. KESK, la principale fédération syndicale des services publics, était dans la direction du mouvement, non seulement pour l'élaboration d'une critique économique du système, mais aussi pour l'organisation de la lutte (actions, manifestations...). Malheureusement, la grande majorité de la gauche n'a pas vu pas le danger de la montée des fascistes avant et après les élections. La gauche a perdu toute occa-sion de former une opposition, et ce sont les fascistes qui l'ont formée: ils mènent une campagne dans la coalition et en dehors de celle-ci contre le "capitalisme brutal". C'est sur cette base que les fascistes ont accru fortement leur influence dans la société, alors que la gauche turque appelle ses membres au "calme" et à la "prudence envers les provocations".
Les arguments de cette gauche-là sont connus: "Donner le moins d'occasions aux fascistes"; "le plus grand danger n'est pas le fascisme mais la social-démocratie qui collabore avec la bourgeoisie". La gauche turque est compo-sée essentiellement de staliniens et de réformistes, et les marxistes avec une compréhension de la nature du fascisme et une expérience de la lutte antifascis-te sont rares en turquie. Ils ont cependant pour tâche de s'intégrer dans la lutte de classe pour pouvoir renverser l'actuelle coalition.
Selahatin Isildak