Décembre 2001: Sommet européen à Bruxelles
Arguments pour "Résister"

Le 1er juillet la Belgique héritera pour 6 mois de la présidence de l'Union européenne. Cela ira de pair avec des sessions de la Commission et toute une série de réunions au plus haut niveau qui aboutiront finalement en ce qu'on appelle en Europe une Conférence intergouvernementale (CIG). Pendant la dernière CIG, en décembre à Nice, pas moins de 100.000 personnes ont manifesté. Pour la prochaine CIG, en juin à Göteborg (Suède), les opposants mobilisent déjà depuis des mois. En décembre ce sera le tour de Bruxelles. Dans cet article nous avançons quelques arguments qui, nous l'espérons, vous convaincront de participer à ces manifestations de protestations.

L'époque où les électeurs pouvaient influencer les décisions politiques à travers des parlements élus est loin derrière nous. Les gouvernements lèvent de plus en plus souvent les bras au ciel et déclarant qu'ils sont obligés d'exécuter les diktats des institutions interna-tionales comme le Fond monétaire International (FMI), la Banque Mondiale, l'OCDE et plus près de nous la Commission européenne. Le clivage entre ces institutions internationales en apparence inabordables et l'électeur est immense. C'est ce qui explique la vague de mouvements protestataires. Depuis le sommet, fin 1999, du FMI à Seattle chaque grande-messe du capital international se heurte à des manifestations de masse.

Par Éric Byl

Certains objecteront que l'Union européenne est quelque chose de différent que le FMI ou la Banque Mondiale qui ne sont élus par personne. La réa-lité est que le parlement euro-péen n'a pas grand chose à di-re. Le véritable pouvoir réside au sein de la CIG et chez les commissaires européens. La CIG se compose des chefs de gouvernements européens et c'est elle qui nomme les com-missaires. Les gouvernements qui n'obéissent pas au directives européennes sont sanc-tionnés.

L'ordre du jour de la CIG de décembre n'est pas encore connu, à l'exception de la discussion sur la mise en circulation de l'euro sous forme de billets et de pièces de monnaies. Il est certain qu'on discutera de toute une série de mesures anti-sociales qui toucheront presque toutes les couches de la population sauf les patrons et leurs amis politiques.

ÉTUDIANTS

En ce qui concerne l'ensei-gnement, l'Union plaide pour un alignement sur l'entreprise. Tout ce qui ne correspond pas aux besoins des entreprises sera considéré comme du gaspil-lage. Seuls ceux qui auront le profil approprié pourront comp-ter sur un enseignement de qualité, peut-être financé par le privé, les autres devront tenter de surnager dans le nombre crois-sant d'écoles poubelles.

CHÔMEURS

L'Union plaide pour une limitation dans le temps des allocations de chômage. Elle pense aussi qu'il faut appliquer des sanctions financières contre les prétendus «récalcitrants à l'emploi»,et baisser les allocations de chômage. L'Union estime enfin que les bas salaires n'incitent pas les chômeurs à prendre un emploi mais qu'une hausse des salaires est impossible sans remettre au cause les profits, ce qui est bien sûr hors de question.

TRAVAILLEURS

Pour les jeunes travailleurs l'Union prévoit toutes sortes d'emplois de départ, des emplois temporaires, à temps partiel, du type Mac Donald's. La sécurité d'emploi est inexistante. Il n'y a pas de salaire minimum prévu. Beaucoup d'entreprises utilisent des contrats moins favorables pour les nouveaux engagés. Leurs collègues un peu plus anciens peuvent encore bénéficier des anciens contrats, mais temporairement: le temps que leur entreprise soit absorbée par la vague de rationalisations, de reprises, de fusions et de fermetures. Dans ces cas les travailleurs plus âgés se retrouveront dans une situation encore plus mauvaise que leurs collègues plus jeunes qui pourront plus facilement se recaser ailleurs.

FEMMES

Selon l'Union les chiffres élevés du chômage sont dûs en grande partie au nombre élevés de femmes qui travaillent. L'objectif est donc de restreindre le travail des femmes.

PENSIONS

Le droit à la pension n'est pas prévu au niveau européen. On parle beaucoup d'augmenter le «taux de participation», un terme ambigu pour désigner le relèvement de l'âge de pension.

SERVICES PUBLICS

Le dada de l'Union européenne est la libéralisation et la privati-sation des services publics. Cela implique le démantèlement des services existants et la liquidation graduelle du statut des agents de la fonction publique. Les services sont fractionnés et les parties les plus rentables vendues au plus offrant. Le plus souvent l'infrastructure et le matériel sont alors négligés. La sécurité et la santé publique doivent céder le place à la course aux profits à court terme. Les télécommunications et la collecte des déchets ménagers ont déjà été libéralisés. Le consommateur et le personnel paient la note. La distribution de l'électricité et du gaz, la poste, les chemins de fer et la distribution d'eau sont sur la liste des objectifs à privatiser. Aucun gouvernement ne remet cela en question.

Le projet de l'Union européenne n'est rien d'autre qu'un sauf conduit pour la chasse aux profits aux dépens de la plus grande majorité de la population. En septembre des réunions informelles sont prévues à Liège et à Gand, probablement aussi dans d'autres villes. Il est bien entendu souhaitable que des protes-tations soient émises lors de ces réunions préparatoires, mais le point sera le sommet de la CIG à Bruxelles le 14 décembre.

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