La sale guerre de l'OTAN dans les Balkans

par Thierry Pierret

Trois soldats belges ayant servi au Kosovo ont décidé de porter plainte contre X pour "coups et blessures involontaires", "empoisonnement involontaire" et "non-assistance à personne en danger". Une trentaine d'autres, militaires ou proches de militaires, s'apprêtent à faire de même. Ils souffrent du "syndrome des Balkans". Des milliers de militaires, appartenant à tous les pays de l'OTAN engagés au Kosovo, souffrent depuis leur retour de ce mal qui se manifeste par des symptômes divers: maux de tête, difficultés de concentration, diarrhées, irritations cutanées, dépression et même cancers. En Belgique, ils sont 1.800 à souffrir de ce mal. Neuf d'entre eux souffrent du cancer et on compte déjà 5 décès parmi eux.

Les plaignants incriminent les obus à uranium appauvri que l'ar-mée américaine a utilisés pour percer les blindages des chars yougoslaves. Ces armes ont été utilisées pour la première fois lors de la guerre du Golfe. L'armée américaine avait alors déversé sur l'Irak et le Koweit des dizaines de milliers de ces obus radioactifs. Des milliers de sol-dats américains de retour du Golfe ont souffert - et souffrent toujours - des mêmes maux que ceux qui affectent les soldats européens ayant servi dans les Balkans. Dans le même temps, on constatait une augmentation spectaculaire des cas de can-cer et de malformation dans la population irakienne.

L'OTAN a tiré 10.800 obus à ura-nium appauvri en Bosnie lors des bombardements de 1995 et 31.000 au Kosovo en 1999. Des régions entières sont ainsi con-taminées pour des centaines d'années! On ne sait même pas toujours précisément lesquel-les, car l'OTAN ne marquait pas précisément les zones qu'elle bombardait. De plus, les particu-les radioactives sont volatiles et peuvent donc contaminer des régions épargnées par les bom-bardements. Cela explique pro-bablement que les soldats bel-ges aient été atteints bien qu'ils n'aient pas opéré dans des zo-nes bombardées avec des obus à l'uranium appauvri.

Si les particules radioactives ont fait tant de dégâts parmi les soldats de l'OTAN qui n'y ont pourtant été que temporaire-ment exposés, que dire alors des civils qui y seront exposés de façon permanente! Le rapport d'un médecin yougoslave peut aider à se faire une idée: Zoran Stankovic rapporte ainsi que quelque 400 Serbes de Bosnie sont morts de cancer ces 5 der-nières années. Ces Serbes provenaient tous d'un mÙme groupe de 4.000 habitants de Hadzici, un village bombardé avec des obus à l'uranium appauvri en 1994. Beaucoup d'entre eux avaient travaillé dans une usine d'armement qui avait été lourdement bombardée par l'OTAN. 10% des membres de ce groupe ont donc succombé à un cancer suite aux bombardements...

Confrontée à ces révélations, l'OTAN a manifestement décidé de lancer une opération "contre-vérité". Son comité médical, qui regroupe des médecins des 19 pays membres, n'a "identifié aucun lien entre les munitions à uranium appauvri et les cas de leucémie enregistrés parmi les vétérans des Balkans", d'après le médecin général major chef Roger Van Hoof. Le colonel Da-vid Lam, membre du staff médi-cal militaire de l'OTAN, en rajou-te une couche: "l'exposition à l'uranium appauvri a été minima-le dans les Balkans", "la cigarette est infiniment plus nocive", "on trouve de l'uranium partout à l'état naturel". Bref, ce débat serait purement émotionnel. Tous ces gens sont apparem-ment des militaires avant d'être des médecins. Ils souffrent manifestement du syndrome de l'éthique médicale appauvrie. En effet, le quotidien britannique The Independent a récemment publié des extraits d'un mémoire de 1993 du colonel Robery Claypool, directeur à la US Army Chemical School. Ce mémoire met en garde contre les risques de cancer consécutifs à l'inhalation ou à l'ingestion de poussière d'uranium appauvri.

Les USA justifient l'usage d'obus à uranium appauvri par leur efficacité contre les chars ennemis. L'uranium appauvri est effectivement une matière extrêmement dure. Les obus qui en sont composés peuvent percer les blindages les plus résistants... jusqu'au jour où on en mettra dans les blindages. Il s'agirait donc, selon les militaires US, de protéger avant tout la vie des soldats américains. C'est un peu difficile, dans ces conditions, d'admettre que des milliers de soldats ont pu en être la victime indirecte... Il y a un autre problème: l'OTAN a tiré 31.000 obus à uranium appauvri au Kosovo pour détruire... moins d'une vingtaine de chars yougoslaves! Cela fait beau-coup d'obus par char... Ne s'agi-rait-il pas plutôt d'expérimenter sur une large échelle et en situa-tion réelle une arme difficile à utiliser sur un champ de ma-noeuvre? A moins qu'il ne s'agis-se de se débarrasser d'une par-tie de ces déchets nucléaires dont on ne sait que faire? Ou encore s'agit-il de faire un exem-ple pour dissuader d'autres pays d'oser dÈfier l'hégémonie améri-caine? Vous pouvez cocher plu-sieurs réponses. Les raisons de l'utilisation d'obus à uranium ap-pauvri font furieusement penser à celles qui ont "justifié" l'usage de la bombe atomique contre le Japon en 1945.

Les militaires belges ont préféré porter plainte contre X plutôt que contre l'armée belge afin d'éviter que leur affaire ne soit traitée par une cour militaire. On les comprend au vu de ce qui précè-de. S'il faut les soutenir dans leurs démarches visant à établir les responsabilités, il convient également de les inviter à s'interroger sur la légitimité de l'intervention de l'OTAN en Yougoslavie dans laquelle ils ont été entraînés. Cette intervention s'est faite soi-disant pour chasser le dictateur serbe Milosevic et de libérer les Kosovars du joug serbe. Résultat des cour-ses: Milosevic a obtenu un sursis, car la population a d'abord fait bloc autour de lui avant de le renverser un an plus tard sans l'aide de l'OTAN. Quant au Kosovo, loin d'avoir gagné son droit à l'autodétermination, il fait l'objet d'un protectorat international qui suscite de plus en plus d'opposition au sein de la population kosovare, qu'elle soit de souche serbe ou albanaise. Les soldats belges en ont fait récemment

l'amère expérience. La province a en outre été lourdement bombardée et contaminée de la façon qu'on sait. Il ne s'agit pas d'un dérapage, car il y a un lien étroit entre les moyens qu'on utilise et les fins qu'on poursuit.

S'il s'agissait d'une opération humanitaire, alors tout ça est absurde. Si, en revanche, il s'agissait de renforcer la mainmise de l'impérialisme sur les Balkans, de forcer la Yougoslavie à rejoindre le nouvel Ordre mondial, de maintenir à tout prix la stabilité des régimes autoritaires environnants et de garantir l'intangibilité des frontières au mépris des aspirations nationales, alors on voit que les moyens choisis collent parfaitement aux fins recherchées...

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