Sommet européen:
Nice en état de siège

Pendant cinq jours, la cité balnéaire de Nice a vécu quasiment sous l'état de siège. Le bâtiment du congrès et les hôtels cinq étoiles où logeaient les chefs d'État européens se trouvaient dans une zone hermétiquement close. 12.000 policiers ont dû garantir le bon déroulement de la Conférence intergouvernementale européenne qui commençait le 6 décembre. Cela en dit long sur la popularité de nos dirigeants. S'ils s'étaient imaginé pouvoir faire un peu de tourisme dans la cité balnéaire, ils se sont méchamment trompé. Plus de 100.000 manifestants étaient venus de tous les coins d'Europe pour contester ce sommet.

Par Éric Byl, de Nice

La police avait pris ses dispositions. Sur la route de Nice, nos trois voitures, ont été contrôlés à deux reprises. La Belgique n'est pourtant pas considérée comme pays à risque. Les CRS français craignaient surtout les Espagnols et les Italiens. Un train de 1.000 manifestants italiens est resté bloqué à la frontière. 4.500 CRS ont veillé à ce qu'ils ne tentent pas de rejoindre Nice à pied. Ces mesures draconiennes n'ont évidemment pas suffi pour stopper la mobilisation.

A Nice, nous avons été abordés par d'innombrables manifestants qui tentaient comme nous de rejoindre la manifestation de l'autre côté de la ville. Les trams et les bus ne roulaient pas, les taxis ne pouvaient pénétrer dans la zone protégée, il ne restait plus qu'à effectuer un détour d'une heure le long des hauteurs pour atteindre l'autre côté de la ville. Nous avons finalement pu, avec une demi heure de retard, rejoindre la manifestation qui se composait princi-palement de syndicalistes et de jeunes, avec des délégations syndicales de Pologne, de Slovénie, de Norvège, de Suède, de Macé-doine, de Turquie et bien sûr surtout d'Italie, d'Espagne et de France. Nous avons ren-contré ici et là de petits groupes de militants FGTB et CSC. La manifestation avait com-mencé à 14h, mais les derniers mani-festants ne sont arrivés qu'à 19h.

Les mots d'ordre allaient un peu dans tous les sens. Les syndicats manifestaient le plus souvent «pour une Europe sociale» en espérant vaguement qu'un capitalisme plus humain puisse rompre avec le néolibéra-lisme. Certains exigeaient même que la Charte sociale acquière force de loi. D'autres répliquaient du tac au tac que cette Charte, dans sa version actuelle, était un pas arrière sur le plan social. Et de citer par exemple le remplacement du «droit au travail» par «la liberté de travailler». Les syndicats ont montré leur force en mobili-sant massivement, mais aussi leur faiblesse par leurs mots d'ordre confus et aussi en restant à bonne distance du blocage du sommet.

La plupart des jeunes n'étaient pas venus pour rester sagement dans le sillage des syndicats mais bien avec la ferme intention de perturber le sommet, voire de le bloquer. Avec un peu plus de détermination et d'organisation, cela aurait pu réussir. Les organisateurs du blocage du 7 décembre n'étaient pas sûrs de leur coup. La police n'a de ce fait jamais été vraiment mise en difficulté. Une poignée d'anarchistes, sans doute provoqués par des policiers en civil, ont alors passé leur rage sur les commerces locaux. Une agence bancaire et les apparte-ments situés au-dessus ont été incendiés. Sous les huées des manifestants, une poignée d'anarchistes tentèrent d'empêcher l'intervention des pompiers. Ce fut évidem-ment le moment attendu par les médias pour diffuser des images chocs et par les CRS pour procéder à 35 arrestations.

La mobilisation contre les institutions internationales possède un pouvoir d'attrac-tion croissant surtout dans la jeunesse. Mais pour être plus efficace il faudra mieux s'organiser la prochaine fois et trouver un moyen d'impliquer la base des organisations syndicales. 1

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