Procès de Pascal Marchand

Qui devrait se retrouver sur le banc des accusés?

Le 26 janvier, Pascal Marchand devait comparaître devant le tribunal correctionnel de Bruxel-les pour "vol à main armée" (1), bris de clôture et coups et blessures sur un officier de police. Le 3 octobre 1999, le lendemain de la déportation collective des tsiganes, il s'était retrouvé avec quelques centaines de manifestants pour protes-ter devant le centre fermé 127 bis de Steenokkerzeel. La gendarme-rie, qui profite toujours de telles manifs pour filmer et photographier les manifestants (contre leur gré ou à leur insu), semble accuser Pascal de s'être opposé à ses travaux pratiques de photographie. Comme Pascal n'était pas présent au procès, le tribunal n'est pas allé avec le dos de la cuiller: un an de prison ferme! (même si l'accusa-tion de "vol à main armée" est abandonnée au profit de "vol avec violences").

Pascal nie tout. Quelques jours plus tard, il a été arrêté, passé à tabac et incar-céré à la prison de Forest. Comme il opposait une résistance passive en prison, les gardiens ont continué à le battre. Il a alors entamé une grève de la faim. Ses avocats ont fait opposi-tion au jugement, et le 9 février il a été remis en liber-té en atten-dant le procès sur le fond qui commencera le 4 mai. Le 9 février, plusieurs centaines de personnes étaient au palais de justice pour soutenir Pascal. Le 4 mai, début du procès sur le fond, il faudra à nouveau être en nombre. Tout cela mérite quelques questions. Pourquoi cet acharne-ment de la gendarmerie contre Pascal? Parce qu'il fait partie du Collectif contre les Expulsions, collectif qui était en contact avec Semira Adamu lors de son assassinat par la même gendarmerie. Parce qu'il a eu le tort (selon nous) de ne pas se présenter au tribunal et qu'il était donc facile de lui coller le maximum. -Parce que ce procès est sans doute le premier d'une série que le parquet compte entamer contre tous ceux qui s'oppo-sent à la déportation des demandeurs d'asile déboutés. Parce qu'il s'agit de frapper fort dès le début.

Mais la déportation collective des Tsiganes pose aussi une question importante. Dans la mesure où: le commissaire de police de Gand a fait usage de faux (il a convoqué les familles tsiganes au commissariat sous prétexte de compléter le dossier administratif alors qu'il s'agissait les arrêter et de les déporter); la police de Gand a effectué des rafles dans les écoles, où les enfants tsiganes ont été "cueillis"; le ministre de l'Intérieur Duquesne a continué de mentir en préten-dant que les Tsiganes étaient "volontaires" à la déportation; avant la déportation, les autorités ont tatoué à l'encre indélébile un matricule sur l'avant-bras des déportés. Étant donné tout cela, comment se fait-il qu'il n'y ait pas encore eu d'inculpations contre ces abus commis par des responsables de l'auto-rité publique pendant l'exercice de leurs fonctions?

Francine Dekoninck



(1) Pour le "vol à main armée" l'acte d'accusation est rédigé ainsi: "à l'aide de violen-ces ou de menaces, frauduleu-se-ment tenté de sous-traire un appareil photo au préjudice de la gendar-merie, avec la circonstance aggravante que des armes ou des objets qui y ressem-blent, ont été employés ou montrés, ou que le coupable a fait croire qu'il était armé, la résolu-tion de commettre le crime ayant été manifestée par des actes exté-rieurs qui forment un commencement d'exécution de ce crime et qui n'ont été suspendus ou n'ont manqué leur effet que par des cir-constances indépendantes de la volonté de l'auteur".

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