Lernout et Hauspie:
Voler les pauvres pour donner aux riches

«A Lernhout & Hauspie tous les salaires n'étaient élevés mais on pro-mettait royalement aux salariés des stock options (actions). La formule était séduisante. Les non-syndiqués se moquaient des syndicats qui les met-taient en garde sur les aléas d'un tel système comparé à un salaire fixe. Sur papier, ces salariés étaient devenus millionnaires. Ils ont aujourd'hui tout perdu. C'est une leçon douloureuse pour les employés concernés. C'est en même temps une leçon importante pour tous les salariés du pays.» déclarait Carlos Polenus, secrétaire national du SETCa.

Nous ne pleurons pas les bourgeois qui viennent de voir s'évaporer leurs placements. Les victimes sont avant tout le personnel qui recevait une partie du salaire en stock options et pour qui le spectre de la faillite est aujourd'hui le scénario le plus probable, et aussi les petits épargnants qui ont perdu toutes leurs économies dans l'affaire. Certains avaient même souscrit des emprunts pour investir.

Contrairement à ce qu'avancent cer-tains journaux, l'argent n'est pas parti en fumée. Il est simplement passé dans la poche des gros spéculateurs. Chez Lernhout & Hauspie , c'était un peu comme chez World Online aux Pays-Bas où le fondateur-manager avait fait monter la cote de la bourse avant de vendre ses actions et empocher un solide boni. Les gros investisseurs de chez Lernhout & Hauspie ont récupéré leur mise en cédant leurs parts aux petits investisseurs au moment où la cotation en bourse culminait. Ils ont en fait l'inverse de Robin des Bois: voler les pauvres pour donner aux riches. L'argent n'est donc pas «parti en fumée» mais a tout simplement changé de poche.

Pourquoi la valeur boursière de L&H a-t-elle atteint des sommets avant de sombrer? Est-ce, comme certains le prétendent, un complot des services secrets américains contre Lernhout & Hauspie? Depuis la chute du mur de Berlin les capitalistes ont une confiance aveugle en leur système; les banques encouragent leur clientèle et leur personnel à investir massivement en ac-tions. La croissance économique a renfor-cé cette tendance. L'achat massif d'actions a fourni des capitaux aux entreprises qui ont eu des facilités de crédit pour investir. Ces deux tendances se sont renforcées mutuellement.

Tôt ou tard les investisseurs veulent récolter le fruit de ce qu'ils ont investi. Des cours de bourse élevés ne peuvent se justifier que si des bénéfices élevés sont dégagés. Le capitalisme connaît toujours des périodes de ralentissement économi-que ou même de récession. Apparem-ment c'est la revue à la baisse des prévi-sions de profit qui a provoqué le recul des actions en bourse.

Entre 1950 et 1973, la croissance écono-mique annuelle a été en moyenne de 5%. De 1973 à 1985 cela s'est réduit à 3,1%. De 1985 à 1998, ce n'était plus que 2,8%. Et pourtant les cours de bourse n'ont jamais été aussi élevé (en comparaison des profits). Il est clair qu'il n'y a plus aucun lien entre les prévisions économiques et les cours de la bourse. Et donc, quand les cours tombent, ils tombent de haut. Et ça fait mal...

Jo Coulier 1

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