Contre le capitalisme mondial
Pour l'unité des travailleurs et le socialisme mondial

Depuis le sommet du Fonds monétaire international (FMI) à Seattle, en novembre 1999, chaque réunion du capital international et de ses représentants politiques provoque des manifestations de masse. Celles-ci sont indispensables, mais insuffisantes. Pour arracher la victoire il faut bien saisir les rapports de force entre le monde du travail et le capital. Il faut aussi un programme, une tactique et une stratégie bien élaborée. Autrement dit nous avons besoin de nos propres réunions internationales. En novembre des représentants du CIO, qui regroupe des sections dans 35 pays et sur les cinq continents, se sont réunis pendant une semaine en Belgique.

Un rapport d'Éric Byl

Au cours des dix dernières années la confiance a régné au sein de la bourgeoisie. La chute des régimes staliniens (89-90) semblait confirmer l'idée que le capitalisme était le seul système possible et celui qui fonctionne le mieux. La bour-geoisie voulait bien admettre qu'il restait encore quelques problèmes. Mais beau-coup de travailleurs et surtout des intellec-tuels pensaient que ce n'était plus qu'une question de temps. Il pensaient que les nouvelles technologies, le commerce électronique et la mondialisation allaient créer une ère nouvelle qui éliminerait définitivement la pauvreté, non seulement en Occident et dans les pays émergents (Singapour, Corée), mais même dans les régions les plus arriérées du monde. Le terme «capitaliste» n'était plus une insulte, «libéral» était considéré comme moderne et progressiste. «Socialiste», «syndicat», «lutte et solidarité» étaient de plus en plus identifiés comme des notions conser-vatrices et ringardes.

La croissance économique au Japon, puis dans ce qu'on a appelé les tigres asiatiques (Singapour, Coré du Sud, Taï-wan, Hongkong) semblait conforter cette thèse. D'autant plus que d'autres pays décollaient à leur tour: Indonésie, Chili, Argentine, Nigéria. La crise financière de 1997 et les révolutions en Indonésie, en Équateur et en Bolivie ont rappelé brutalement la réalité. Dans les nouveaux états de l'ancien Bloc de l'Est les résultats de la restauration du capitalisme sont en dessous des prévisions. Le nombre officiel de pauvres y a été multiplié par dix en dix ans. Seule la Chine semble pouvoir être un moteur économique pour l'Asie. L'Afrique est considérée comme un conti-nent perdu. Rien ne s'est-il donc passé? Bien sûr que si! La mondialisation est un phénomène réel. Ce n'est pas, comme certains le prétendent, un nouveau stade économique du capitalisme. L'application des nouvelles technologies reste restreinte à quelques secteurs. Les prévisions de pro-fits ne sont pas réalisées. Beaucoup de sociétés du réseau Internet n'ont pas fait de bénéfice. Leur valeur boursière ne repose sur rien. Tôt où tard ces actions chuteront à leur valeur réelle ou même en dessous puisque les marchés ont toujours tendance à corriger trop fort dans l'autre sens. Ces derniers mois les valeurs technologiques (ex: celles de l'indice Nasdaq) ont perdu 50% de leur valeur nominale, mais elles sont toujours surestimées.

La croissance des transactions transnationales dans l'économie réelle existe, mais elle n'est pas extraordinaire. Un tel phénomène s'est produit dans la période de croissance avant la Première Guerre mondiale. Le rythme des fusions et des reprises est plus élevé, mais c'est plutôt un signe précurseur de crise. C'est une tentative des entreprises de réduire leurs coûts de production dans un marché trop restreint pour la capacité disponible, le stade qui précède les fermetures et les licencie-ments. La seule nouveauté est la croissance forte des transactions financières. C'est plutôt une conséquence qu'une cause de la mondialisation. C'est la recherche spéculative de profits faciles d'un nombre énorme de capitaux libérés.

C'est donc quoi la mondialisation? L'origine du processus se situe dans les attaques contre le niveau de vie et les con-ditions de travail depuis le début des années 80. Avec la chute des régimes staliniens et la capitulation totale des dirigeants sociaux-démocrates et staliniens, la disparition d'un semblant d'alternative au capitalisme a permis à la bourgeoisie internationale de restaurer les taux de profits (la quantité de profit par unité de capital investi) au dépens de la sueur, du stress et de la santé des travailleurs. Depuis les années 90 un emploi n'était plus une garantie contre la pauvreté, même dans les pays occidentaux. Aux États-Unis beaucoup de travailleurs sont obligés d'occuper plusieurs emplois pour joindre les deux bouts.

La mondialisation signifie: dégradation des conditions de travail, allongement de la journée de travail, baisse des salaires, démantèlement de la sécurité de travail, fin des droits syndicaux, coupes budgétaires dans les dépenses de soins de santé, d'enseignement et de pensions. Essentiellement cela revient au démantèlement de toute forme de solidarité organisée par la société. Cela conduit à l'exclusion, l'insécurité et finalement l'aliénation de ceux que la société délaisse. Bref: c'est un nouveau régime politique, rendu possible par la capitulation des partis ouvriers traditionnels et des syndicats devant les lois du marché. Dès que ce nouveau régime s'est affirmé il a développé sa propre dynamique. La croissance de la spéculation financière était à l'origine une conséquence, et non une des causes, de la mondialisation. Mais dès qu'elle est apparue, elle a accéléré à son tour le processus de mondialisation.

Militant pensait que la crise financière de 1997 en Asie du Sud-Est était le début d'une crise mondiale tant sur les plans économique, politique et social. Nous avons démontré que derrière la façade de croissance ininterrompue du capitalisme une crise du système couvait. Ponctuel-lement celle-ci a explosé. Rappelons-nous la Marche blanche, la Marche multicolore et la crise politique provoquée par la dioxine. Grâce à la croissance économique la bourgeoisie et ses représentants politiques ont pu contenir ces premières éruptions.

Nous nous sommes trompés sur le calendrier. L'irruption de la crise se produit, heureusement, moins vite que prévu. Mais tous les indices d'un prochain crash financier à venir et qui se répercutera dans l'économie réelle, non seulement subsistent mais se sont renforcés.

En fait ce sont surtout les consomma-teurs américains et les autorités américaines qui jusqu'ici ont freiné la crise en achetant massivement. Et cela au prix d'un déficit colossal de la balance des paiements américaine (17.500 milliards de FB en 1999) et d'une dette extérieure de 81.000.000 milliards de FB. Cette situation est à terme intenable, même pour les Etats-Unis. En outre la dette moyenne des ménages américains est passée de 1983 à 1998 de 67% à 102% de leur revenu annuel. On peut com-parer cette situation aux Belges qui ont hypo-théqué leur maison pour spéculer sur les actions de Lernhout et Hauspie. Quand une valeur boursière s'affaisse les dégâts sont réels quoique limités, lorsque toute la bourse s'effondrera ce sera le sauve-qui-peut. Même en cas d'atterrissage en douceur de l'économie américaine, le sentiment de soulagement des capitalistes pourrait être de courte durée car le fossé entre riches et pauvres, la transformation des partis traditionnels en machines électorales, les scandales et la puissance des multinatio-nales font naître de plus en plus de résistance. Le concept «capitaliste» redevient au-jourd'hui une injure. Une partie de la jeunesse déteste les multinationales. Pour une minorité croissante cela se traduit par une conscience anticapitaliste. C'est ce qui ex-plique les mobilisations réussies contre des institutions internationales comme le FMI, la Banque Mondiale, le Forum Économique mondial, l'Organisation mondiale du Commerce, les conférences intergou-vernementales européennes, la Table ronde.

C'est avec cette couche de jeunes radicalisés que les sections du CIO veulent débattre. Beaucoup de ces jeunes sont ouverts aux idées socialistes et sont à la recherche d'une alter-native. Tant aux États-Unis, qu'au Nigéria, qu'en Australie, qu'en Alle-magne, qu'en Grande-Bretagne nom-bre de ces jeunes ont adhéré au CIO. C'est la première vague d'une nou-velle génération révolutionnaire pour qui l'internationalisme et la construc-tion d'un parti mondial de la révolution socialiste sont des conditions pour s'engager. Il est sans doute surprenant que cela se produite juste au moment où bon nombre de marxistes âgés sont en train de baisser les bras.

Il ne sera pas suffisant de gagner la jeunesse radicalisée. La question clef sera qu'elle orientation nous leur proposerons. Les mobilisations contre les institutions internationales sont très importantes, mais elles restent à ce stade surtout limitées aux jeunes. Elles sont le signe précurseur de la véritable lutte qui s'engagera quand la classe ouvrière se mettra en mouve-ment. Actuellement elles reste muse-lée par les directions syndicales liées à la social-démocratie ou directement à la bourgeoisie. La pression augmen-te cependant. La lutte des travailleurs de Clabecq, celle des conducteurs des TEC, la paralysie du pays par les routiers montre la force des travailleurs lorsque ceux-ci décident de passer à l'action.

Autre exemple qui montre la force de la classe ouvrière: le mouvement de masse qui a chassé Milosevic en Yougoslavie. Mais cet exemple montre aussi l'importance du programme. En l'absence d'un parti ouvrier indépendant, le nationaliste bourgeois Kostunica s'est emparé du pouvoir et compte s'appuyer, comme Milosevic, sur les lois du marché. Rien ne sera résolu de cette manière dans la région. Seul un mouvement armé d'un programme socialiste et organisé internationalement peut libérer l'homme du chaos capitaliste. 1

Hosted by www.Geocities.ws