Les 13 de Clabecq ne sont pas les seuls à faire les frais de l'achar-nement de la Justice. Le 25 octobre 1995, des milliers d'enseignants, de lycéens et d'étudiants manifestaient à Bruxelles contre le plan d'austérité drastique que Laurette Onkelinx voulait imposer à l'enseignement. Provoqués par une présence démesurée des forces de l'ordre, plusieurs manifestants ont alors badigeonné de peinture quelques pandores. Tapie dans l'ombre, la Justice a comme de coutume attendu la fin du mouvement pour fondre sur 9 d'entre eux.
Par Thierry Pierret
Le Tribunal correctionnel de Bruxelles vient de rendre son verdict le 11 décembre, soit 5 ans après les faits! Les 9 inculpés ont tous écopé - et non pas «bénéficié» comme beaucoup le préten-dent - de la suspension du prononcé. Cela signifie que le tribunal les reconnaît coupables des faits qui leur sont reprochés mais, dans sa grande «magna-nimité», ne leur inflige pas de peine. Si leur casier judiciaire restera vierge, il n'en reste pas moins que ce verdict pourra être invoqué à leur charge s'ils devaient à nouveau être poursuivis pour des faits semblables. On entend d'ici le Ministère public: «la société leur avait donné une chance, mais ils ne se sont pas amendés!». En outre, une des prévenues est condamnée à payer 100.000F à un gendarme pour le nettoyage de son uniforme! Sans doute un gendarme qui s'habillait chez un grand couturier...
On attend toujours le procès des gendarmes et des policiers qui ont molesté les manifestants et les pas-sants lors de ce même mouvement. Classé sans suite. Un commissaire de la police de Bruxelles-ville, interrogé par la RTBf sur les violences policières lors de la manif du 2 avril 1995, a bien résumé la «philosophie» de son corps: «Ceux qui viennent manifester savent à quoi ils s'exposent; nous on tape dans la masse...»
Ce verdict est un épisode supplémentaire du processus de crimi-nalisation des mouvements sociaux que nous voyons à l'oeuvre depuis plusieurs années. Il a pour fonction de dissuader la population en général, et les 9 prévenus en particulier, de des-cendre dans la rue pour défendre leurs droits.
La bourgeoisie espère que ces mesures d'intimidation induiront un phénomène «d'auto-répression» des mouvements sociaux qui verrait les gens limiter l'expression publique de leur mécontentement par crainte des poursuites. Il convient au contraire de briser la peur en élargissant les mobilisations et en créant un nouveau rapport de force qui boute la Justice hors du champ des conflits sociaux.