"Modernisation" syndicale
par Karl Debbaut, membre de la direction de Militant

Un président de la FGTB qui fait appel à la police en tenue de combat pour chasser violemment des militants et des délégués des locaux syndicaux. C'était en novembre dernier à la rue Haute à Bruxelles.

Des délégués élus par leurs camarades de travail, des travailleurs protégés (candidats non élus aux élections sociales) et des militants syndicaux exclus du travail en raison de la lutte acharnée qu'ils ont menée pour sauvegarder l'emploi. Exclusion du travail cautionnée par Michel Nollet. Pour couronner le tout, les délégués qui ont dirigé la lutte sont exclus de la FGTB, ce qui laisse le champ libre aux tribunaux pour entamer un procès. Le procès contre les 13 de Clabecq est de la pure justice de classe. La ficelle était tellement grosse que le tribunal de Nivelles n'a même pas pu aller jusqu'au bout. Après plus d'une année de procès a été arrêté à Nivelles et la Cour d'Appel devait se prononcer sur la reprise ou sur l'arrêt définitif du procès. Toute cette accumulation d'injustices est ce qui a motivé l'occupation de la FGTB.

L'appareil syndical, qui pousse l'ambiguïté très loin lorsqu'il s'agit d'engager la lutte sociale, sait parfaite-ment comment se défendre contre sa propre base. Dans la meilleure tradition sociale-démocrate, il colle sur chaque opposant l'étiquette de conspirateur dogmatique ou de terroriste, et présente l'intérêt personnel de la bureaucratie comme étant l'intérêt général des affiliés.

Prétendre que les «traditionalistes» de la lutte de classe mettent en danger la modernisation syndicale est une fable. Avec cette direction syndicale entièrement aux mains du PS et du SP, «modernisation» rime avec partenariat avec le patronat et avec démantèlement des acquis sociaux. Cet hiver, une partie de la population le ressentira durement. Comme les prix des produits pétroliers ne sont pas répercutés dans l'index, nous paierons trop cher ces produits.

L'accord interprofessionnel qui vient d'être conclu permet désormais le travail intérimaire dans le secteur de la construction, là où les accidents de travail sont si nombreux. Les patrons sont satisfaits car la pression sur les conditions de travail va croître (salaires, temps de travail, sécurité au travail).

Il est plus que temps que l'aile gauche au sein du syndicat s'organise sur le plan local et national. Nous pouvons ensemble dresser un barrage contre la logique néolibérale. Les discussions les plus modernes seront alors engagées. Pourquoi continuer à verser des fonds au PS et au SP alors que ces partis démolissent la sécurité sociale depuis des années? Comment commencer la lutte contre la norme salariale? Comment défendre notre droit à la pension sans tomber dans tomber dans le piège du deuxième ou troisième «pilier» de la sécurité sociale? Comment organiser la démocratie syndicale?

Les bonzes de la rue Haute ne sont pas des dirigeants mais des gestionnaires. A vrai dire de piètres gestion-naires si l'on examine la situation financière de la FGTB. Ceux de Clabecq ont montré que la véritable colonne vertébrale de l'organisation syndicale, ce sont ses militants et ses membres. Et c'est sur eux qu'il faudra compter pour opérer le changement. 1

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