Le gouvernement arc-en-ciel et les drogues
Dépénalisera?
Réglementera?
Chiche!

Voilà des semaines et des semaines que le gouvernement se tâte pour savoir quelle politique suivre en matières de drogues. En tant que marxistes, il est important de dégager un point de vue clair à ce sujet.

Par Bernard Bufi

La tolérance zéro est une hypocrisie qui part d'une position moraliste. L'alcool et le tabac sont vendus légalement tandis que les autres drogues sont prohibées. Mais la prohibition n'a jamais entravé la consommation, y compris la prohibition de l'alcool aux États-Unis dans les années 20. Malgré la prohibition, la consommation de drogues ne cesse de croître.

On estime le commerce mondial des drogues prohibées à 15.000 milliards de FB, soit 8% du commerce mondial. Plus que le commerce du fer ou de l'acier!

Les quantités saisies par la police et la douane augmentent chaque année, mais ne représentent qu'une faible partie de ce qui circule illégalement. Ainsi, la police britannique estime que les saisies d'héroïne effectuées par ses services ne représentent que 10% de quantité d'héroïne qui entre dans le pays.

Toutes les sociétés humaines ont consommé des drogues d'une façon ou d'une autre. Le capitalisme a néanmoins mené la toxicomanie et la dépendance des drogues à un niveau jamais vu. Plus la situation sociale se dégradera (emploi, logement, école) plus on trouvera de toxicomanes. Tant que les gens n'arriveront pas à sortir de leur marginalité, la toxicomanie restera une tentative de fuir la réalité.

Une nouvelle approche politique en matière de drogues est donc nécessaire mais cela ne sera pas suffisant pour éliminer la toxicomanie. Quoi qu'il en soit, la politique actuelle en matière de drogues est intenable et totalement inefficace. La détention et la consommation de toute drogue ne peut être un crime. On consomme en général le cannabis comme on va boire un verre, mais les consommateurs de cannabis sont criminalisés. De plus, les gens devraient être informés sur ce qu'ils consomment: la drogue fait beaucoup de victimes parmi ceux qui ne savent pas exactement ce qu'ils utilisent. C'est pourquoi il faut offrir la possibilité de faire des tests dans des centres publics. Il faudrait en outre mettre à la disposition du public toute une documentation sur les drogues afin d'en réduire la dangerosité et de pouvoir conseiller la population.

Aux Pays-Bas, contrairement aux autres pays européens, l'héroïnomanie s'est stabilisée grâce à la tolérance de la consommation de cannabis. L'âge moyen des héroïnomanes est monté à 37 ans. Le traitement séparé du cannabis a contribué à empêcher qu'une génération plus jeune ne se tourne vers l'héroïne. C'est donc un argument fort en faveur des coffeeshops légaux.

Mais il ne faut pas que cela tombe entre les mains du grand capital. Marlboro a déjà un brevet sur des «Marleys». Dès que le grand capital prend le contrôle de la production d'une drogue quelconque c'est bien entendu pour faire du profit. Le grand capital a autant soif de profit que la maffia, mais en plus il dispose d'importants moyens publicitaires. Il en résulte des profits gigantesques pour les industries du tabac, de l'alcool, de certains médicaments et peut-être demain des drogues.

La production et la distribution devront donc être prises en main par la société et non par les multinationales. Il faut des centres de réhabilitation qui doivent pouvoir prescrire de l'héroïne à des toxicomanes enregistrés. Toutefois, on ne pourra traiter sérieusement la toxicomanie que si l'on s'en prend au capitalisme. Tant que la pauvreté et l'aliénation règneront, il faudra des drogues pour anesthésier la douleur.

Les drogues sont une des marchandises les moins réglementées et représentent pour tout capitaliste le meilleur exemple de la dynamique irrésistible de l'offre et la demande.

La prohibition de la consommation engendre le commerce clandestin, c'est-à-dire le trafic et une croissance vertigineuse des prix de revente. En période de crise, beaucoup de gens sont irrésistiblement attirés par le commerce lucratif des drogues. Les prix élevés à la revente engendrent indirec-tement la délinquance (vol) chez certains consommateurs afin de se procurer l'argent nécessaire.

La légalisation des drogues permettrait la réglementation de la production et de la distribu-tion, comme c'est le cas pour l'alcool et le tabac. Les gens pourraient alors savoir exac-tement ce qu'ils consomment et les conditions optimales de sécurité. Tout cela sans être catalogués comme criminel.

La société ne doit pas exclure les toxicomanes. On peut limiter les dégâts physiques, psychiques, sociaux en décriminalisant la consom-mation. Mais c'est un pis aller. On ne trouvera pas de solution satisfaisante dans le cadre de la société capitaliste où seul le profit compte. La partici-pation à des mouvements qui visent le changement social jette les bases de la solidarité, permet l'apprentissage de l'engagement dans la société et ouvre les yeux sur les mécanismes d'oppression. Unis dans la lutte, on peut réaliser ce que l'on croyait impossible auparavant. Prenez part à la lutte pour le socia-lisme, c'est une alternative autrement plus prometteuse que les paradis artificiels.

Dangerosité et prohibition

Si la toxicité ou l'accou-tumance étaient les critères justifiant l'interdiction des drogues, il faudrait interdire l'alcool et letabac. Le tabac, l'alcool et les drogues illé-gales provoquent respecti-vement 72%, 25% et 3% de tous les décès liés à l'usage de drogue.

Drogue et guerre

L'ancien président des États-Unis Georges Bush a tenté de mener la "guerre à la drogue". En fait une grande partie de l'argent noir du trafic de drogue va aux organisations militaires réactionnaires. La CIA a créé la demande en crack et en cocaïne pour financer ses opérations. Tout cela au nom de la lutte contre le communisme. Sur les champs de bataille, les soldats ont souvent été dro-gués ou enivrés pour vain-cre la peur: au Vietnam, dans les tranchées de 14-18,...

Drogue et société

Beaucoup de sociétés ont utilisé les drogues comme moyen de relaxation lors de cérémonies rituelles contrôlées et sans toxi-comanie. Dans une société socialiste, les dro-gues pourront être utili-sées pour améliorer la qualité de vie et non plus pour la détruire. Des toxi-comanies indésirables pourraient poser des pro-blèmes sanitaires ou sociaux, mais en aucun cas un problème pénal.

Quelle voie choisira le gouvernement?

Que peut-on attendre du gouvernement néolibéral arc-en-ciel en matière de drogues? Il discute avant tout de savoir s'il faut tolérer ou légaliser les drogues douces. Tolé-rer veut dire qu'on maintient les drogues douces dans le circuit illégal. Il n'y aurait donc toujours pas de contrôle ni sur le prix et ni sur la qualité. En ce qui est de la légalisation, le gouvernement est terrifié à l'idée de devoir organiser la production et la distribu-tion. Ces fondamenta-listes s'entêtent dans leur morale petite-bourgeoise.

Si on en confie la responsabilité la distribution aux multinatio-nales, l'usage de drogues douces se muera rapidement en toxico-manie (voir le tabac et l'alcool). Quant aux usagers des drogues dures, le gouvernement les cataloguera toujours comme criminel-les. C'est pourtant la décriminalisation et la réglementation de toutes les drogues qui aurait dû être mise à l'ordre du jour. Les Verts donnent l'impres-sion de changer d'avis tous les jours. Les libéraux, qui optent plutôt pour une politique de tolérance (seule-ment pour le cannabis), sont encore plus conserva-teurs. On nie la différence entre l'usage de drogues et la toxicoma-nie. Il faut lutter contre la toxicomanie, pas contre l'usage des drogues!

1

Hosted by www.Geocities.ws