| «Le gouvernement ne résout rien. Il jongle avec les statistiques, mais derrière ces chiffres il y a des êtres humains en détresse.» |
Pour une politique d'asile socialiste
Au cours de ces derniers mois la politique d'asile appliquée par le gouvernement a souvent été à la une de l'actualité. Coûte que coûte, le gouvernement veut prouver avant les prochaines élections parlementaires que sa politique mène à une baisse du nombre de demandeurs d'asile dans notre pays. Pas en répondant aux problèmes des candidats réfugiés, mais en menant une politique encore plus répressive. Avoir fait stationner sous la pluie et le froid devant l'Office des Étrangers, le plus souvent pour rien, des files de demandeurs d'asile accompagnés de leurs enfants, début janvier est un signal de menace aux candidats réfugiés: «Ne venez plus ici sinon on va vachement vous attirer des ennuis». Des centaines de personnes ont servi, à leur insu, de théâtre de guignols afin de décourager leurs compagnons d'infortune.
Au cours des dernières années le nombre de demandeurs d'a-sile à fortement augmenté, pour atteindre 46.000 en 2000. Dans la discussion sur la politique d'asile on jongle souvent avec ce chiffre. Mais les demandeurs d'asile vers l'Europe occidentale ne représentent que 6% du total des réfugiés dans le monde. La plus grande partie de ces réfugiés n'ont pas les moyens d'arriver jusqu'ici.
Au cours des récentes années le fossé entre pauvres et riches n'a jamais été si profond. La mi-sère et la pauvreté dans le monde offrent un tel contraste avec l'écoeurante fortune étalée par quelques-uns. La science et la technique n'ont jamais été aussi développées qu'aujourhui. Normalement cela devrait permettre de couvrir tous les besoins élémentaires.
Résoudre le problème des réfu-giés n'est possible qu'en leur donnant une nouvelle perspec-tive de vie dans leur propre pays. Mais comment faire?
Une véritable politique d'asile de-vrait s'attaquer aux responsa-bles de la faim, de la pauvreté, de la violence et de l'exploita-tion. Elle devrait contraindre les multinationales à rembourser les ravages causés aux peuples et à l'environnement. Elle soutiendrait ceux qui s'engagent dans la lutte contre les exploiteurs. Les institutions politiques, du FMI à la Banque Mondiale, ainsi que les gouvernements occi-dentaux jouent la carte des multinationales qui ne cherchent que le profit, les ma-tières premières bon marché et qui sont donc directement responsables de la situation mondiale.
«S'en prendre fermement au trafic d'êtres humains» est au-jourd'hui le leitmotiv du gouver-nement. Mais en dressant un réseau de fil barbelé autour de l'Europe on pousse ces réfugiés encore plus dans les bras des trafiquants. Moins ils ont à perdre, plus intenses seront leurs efforts pour arriver en Europe, y compris au péril de leur vie. Chacun a encore en mé-moire les images terribles de ces deux enfants africains morts de froid dans le train d'atterrissage d'un avion, de nombreux jeunes Marocains morts de noyade près des cô-tes espagnoles, des Asiati-ques étouffés à Douvres dans un camion... La fausse indignation du gouvernement à propos des mafias n'est que pure hypocrisie. Le trafic d'êtres humains est partie intégrante du système. Aujourd'hui les gouvernements et les entreprises discutent ouvertement d'un assouplissement du flux mi-gratoire. Elles veulent attirer des chauffeurs de poids lourd d'Europe de l'Est et des informaticiens d'Inde de façon à brader casser les salaires. Voilà les trafiquants d'êtres humains de haut vol et à grande échelle.
Le gouvernement est même allé jusqu'à manipuler cer-tains habitants et le personnel de certains CPAS: tout est bon pour endiguer le flot de demandeurs d'asiles. Il s'en suit une multiplications de faux pas et de demi mesures: l'affaire des tentes de l'armée installées puis dé-montées près de la gare du Nord à Bruxelles, la recher-che chaotique de nouveaux camps d'hébergement. Au risque de pousser le per-sonnel des homes Zon en Zee et Hengelhoef dans les bras du Vlaams Blok qui se présente comme le «seul parti d'opposition».
Au cours des dernières an-nées les méthodes d'accueil ont entraîné la concentration de pauvreté dans les grandes villes. Les candidats réfugiés ont été abandonnés à leur sort, sans aide du CPAS et sans droit de travailler. Il est logique qu'ils s'installent dans les grandes villes où ils trouvent plus facilement des compagnons d'infortune et peuvent plus facilement s'en-traider. A Gand il y a ainsi 7.000 candidats réfugiés qui vient du minimum vital et qui se retrouvent dans les quar-tiers pauvres, là où il y avait déjà tant de problèmes sociaux à résoudre.
Culture, nationalité, langue, sexe, religion, couleur de peau... tout est bon pour les dirigeants pour monter les gens les uns contre les autres.
C'est pourquoi il est vital de développer la solidarité inter-nationale des exploités indé-pendamment de leurs origines ou de leurs différences.
Début janvier une trentaine de Kazakhs ont été expulsé col-lectivement. Cela a donné lieu à un show médiati-que destiné à la fois à impressionner les candidats réfugiés kazakhs et à mon-trer à une partie de la population belge hostile au droit d'asi-le que le gouverne-ment «prenait ferme-ment les choses en mains».
Mais pourquoi ces gens viennent-ils alors que les autori-tés belges n'ont pas encore accordé l'asi-le à un seul Ka-zakh? Le Kazakh-stan est un pays diri-gé par une mafia dictatoriale assez bien courtisée par les puissances occidentales. Depuis l'effondre-ment de l'URSS l'espérance de vie a considérablement diminué. Les multinationales se sont jetées comme des vautours sur les matières premières et sur les richesse du Kazakhstan.
L'an dernier tous les maîtres du monde ont visité le Kazakhstan: le chef de la CIA, de l'OTAN, du FBI... et même Madeleine Allbright, ex-secrétaire d'État aux Affaires étrangères US. Lors de son entretien avec le président Nazerbaïev pas un seul mot n'a été échangé sur la situation éco-nomique. Seuls deux sujets ont été abordés: la vente d'avions de combat à la Corée du Nord (ce qui ne plaisait pas aux USA) et aussi l'exploitation des réserves de gaz du Kazakhstan.
Bart Vandersteene