Recette à la bolognaise
L'Union européenne mijote un enseignement supérieur d'élite
La déclaration de Bologne sur l'harmonisation de l'enseignement supérieur en Europe a été signée en 1999 notamment par les ministres de l'éducation nationale de l'Union européenne. Le propos essentiel de cette déclaration d'intention est d'adapter dans les différentes pays le "marché" de l'enseignement supérieur au marché de l'emploi. Si cela dépendait de la Table ronde européenne des Industriels (le lobby des groupes industriels européens les plus forts) les universités et les hautes écoles seraient taillées sur mesure pour satisfaire les grandes entreprises. Les universités et hautes écoles européennes fonctionneraient comme des entreprises capitalistes qui doivent être concurrentielles sur le marché de l'enseignement.
Par Stef Salien
Le modèle anglo-saxon (en fait anglo-américain) est cité en exemple. Les candis et la licence seraient remplacées par trois années d'études débouchant sur un diplôme de bachelier. Ces trois années d'études devraient préparer les étudiants à être jetés sur le marché de l'emploi. Une spécialisation d'une ou de deux années pourrait suivre (ce que l'on appelle un "master"). En pratique, les études universitaires seraient donc prolongées d'un an mais les moyens budgétaires supplémentaires ne seraient pas prévus. Le coût de l'allongement des études serait donc supporté par les étudiants sous forme d'une augmentation du minerval.
En Grande-Bretagne, les étudiants mènent depuis quelques années des actions contre l'augmentation des droits d'inscription et contre la suppression des prêts consentis aux étudiants pour financer leurs études. Le nombre d'étudiants issus des classes modestes est donc en diminution. Actuellement, il n'y a que 31% enfants issus de familles de travailleurs qui ont un diplôme d'enseignement supérieur (universitaire et non universitaire).
Les ministres européens de l'éducation nationale espèrent que l'introduction de la filière bachelier/master coûtera moins cher que la formule actuelle. Ils supposent qu'un grand nombre d'étudiants abandonneront après trois ans avec en poche leur diplôme de bachelier.
De même que les entreprises publiques (télécommunications, poste, transports publics), l'enseignement est aujourd'hui devenu un marché livré à la libre concurrence. Le modèle économique néolibéral nous est imposé comme étant le seul possible. De la même façon que l'OMC (Organisation mondiale du commerce) plaide pour la libération totale du commerce mondial, l'Union européenne propose que le système scolaire soit au service du marché et soit donc privatisé.
Il ne faudra pas compter sur les recteurs pour lutter contre la privatisation. A la KUL à Leuven, le recteur Oosterlinck estime que nous avons besoin d'un système universitaire d'élite capable de rivaliser avec les universités américaines et britanniques de premier plan. Le professeur Franzen, économiste à la VUB, a déclaré au Morgen à la suite de l'occupation du rectorat (voir page 7) que "un droit d'inscription plus élevé contribuerait à élever les capacités intellectuelles de nos universités" (il a sans doute lui-même profité de la démocratisation des études de la fin des années 60).
La déclaration de Bologne est une attaque frontale contre les acquis des étudiants et contre le caractère démocratique de l'enseignement supérieur. Elle se contrefiche des besoins et des intérêts des étudiants comme du sort du personnel enseignant.
C'est un défi lancé au mouvement étudiant pour défendre bec et ongles leurs droits, pour lutter contre la dérive de la privatisation et pour empêcher que les lois du marché - celle de l'offre et de la demande ainsi que celle de la loi du plus fort - ne réduisent l'enseignement à sa valeur marchande. Les étudiants ne sont pas seuls dans cette lutte contre les privatisations. Dans les secteurs publics, (enseignement, fonctionnaires fédéraux, SNCB, La Poste,...) les travailleurs se préparent aussi à la lutte.