Faillites:

Après la Sabena, à qui le tour?

C’est sans doute la question que se posaient les milliers de travailleurs venus à la manifestation de solidarité, dimanche 11 novembre à Zaventem. Dans les entreprises publiques privatisées (Belgacom, ABX, Banque de la Poste) ou en voie de l’être (SNCB, La Poste) la question est sur toutes les lèvres car après le crash de la Sabena il est clair pour tout le monde que la politique de privatisation menée par le gouvernement arc-en-ciel et par les gouvernements précédents aboutira à d’autres drames sociaux.

La Sabena employait directement 13.095 personnes: 1.250 pour le personnel volant, 3.075 pour l’enregistrement et l’embarquement des passagers, 1.026 pour la préparation des repas, 440 pour la manutention du fret, 850 pour le nettoyage, 2.073 pour l’entretien des avions, 490 pour l’entretien des moteurs, 200 pour l’informatique, 540 pour les hôtels, 1.035 pour la filiale DAT, 430 pour la Sobelair et 60 pour l’école de pilotage.

En chiffres, la faillite de la Sa pèse autant que la faillite simultanée de plusieurs entreprises importantes, sans compter les pertes d’emplois chez les sous-traitants et les fournisseurs. En cas de faillite le Fonds de fermeture des entreprises intervient. Mais ce Fonds dispose aujourd’hui de 4 milliards de FB alors que la somme nécessaire pour couvrir la faillite dépasse les 15 milliards de FB! L’Etat devra combler le déficit et sor-tira donc de ses caisses plus de 11 milliards, c’est-à-dire beau-coup plus que le capital réuni par Lippens, Davignon & Co pour lancer la nouvelle société aérienne (8 milliards). Les tra-vailleurs devront attendre entre 10 et 12 mois avant de recevoir de ce Fonds leurs indemnités de licenciement.

On estime que la nouvelle compagnie aérienne occupera de 2.000 à 2.500 travailleurs. Que feront les autres? Que feront les pilotes qui risquent de perdre leur licence s’il ne conservent pas un minimum d’heu-res de vol? Plusieurs centaines de couples travaillaient à la Sabena: que vont-ils devenir?

Quelles seront les conditions de travail et de salaire des travailleurs repris dans l’ancienne société? On peut craindre le pire quand on constate que les médias vantent la réussite de com-pagnies telles que Virgin ou, pire encore, Ryanair où les con-ditions de travail sont hyper flexibles et les salaires très bas.

Il reste à ce jour encore trop d’inconnues pour évaluer le bi-lan des victimes, mais ce sera colossal. Il est clair que dès que la demande de concordat a été accordée par le tribunal de com-merce, le gouvernement et la bourgeoisie ont joué la carte de la faillite car les circonstances s’y prêtaient: faillite de la Swis-sair, ralentissement du trafic aé-rien depuis les attentats du 11 septembre. A travers cette fail-lite retentissante il s’agit aussi d’intimider tous les travailleurs, en particulier ceux des entre-prises publiques.

Aux États-Unis, dans les an-nées 80, le président Reagan avait cassé une grève générale des aiguilleurs du ciel en réqui-sitionnant les contrôleurs de l’armée. Tous les contrôleurs avaient été licenciés. A partir de cette défaite des travailleurs, les patrons avaient lancé une offen-sive générale sur les salaires et les conditions de travail dans tous les secteurs.

En Belgique, la faillite de la Sabena aura des répercussions dans les rapports de force entre le capital et le travail. Il faut aussi craindre que cela ne soit le signal d’une offensive généralisée contre les conditions de travail.

D’autre part, les at-tentats du 11 septem-bre et la guerre en Afghanistan ont été des prétextes rêvés, non seulement pour renforcer la sécurité dans les aéroports, mais surtout pour faire intervenir la police et les huissiers pour briser les piquets de grève ou pour interdire l’accès des installations aux travailleurs en lutte.

Demain si les cheminots de-vaient se battre contre la privatisation de la SNCB verra-t-on aussi la police intervenir dans les gares sous prétexte de "garantir la sécurité"?

La faillite de la Sabena doit être un signal pour les travailleurs. Cela doit être le coup de clairon qui sonne la mobilisation générale pour la défense des services publics.

Il faut former un front de tous les travailleurs des services publics pour empêcher le démantèlement de ce qui a été bâti avec l’argent du contribuable. Si on touche à un secteur il faudra lutter tous ensemble. Le gou-vernement - et peut-être les sommets syndicaux - se réfugieront sans doute derrière le prétexte des directives européennes. Raison de plus pour manifester tous ensemble à Laeken les 13 et 14 décembre contre la privatisation des services et contre l’Europe capitaliste.

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