| La recomposition politique |
Dans notre pays, le monde politique est en ébullition. Le vaudeville à laVolksunie n’est pas encore complètement terminé, le CD&V, l’ancien CVP, est ravagé par une guerre fratricide dont se réjouit le VLD. Tout cela peut apporter un peu d’animation, mais on peut se demander quel projet politique clair va sortir de tout ça.
par Eric Byl
Que s'est-il passé? Depuis 1975, la science et la technologie ont atteint un niveau qui excède les possibilités du marché ‘libre’ capitaliste. La production est confrontée à des crises de surcapa-cité et de surproduction. Des périodes de croissance faible alternent réguliè-rement avec des crises. Le chômage structurel met les salaires et les conditions de travail sous pression et apprauvit une partie de la classe des travailleurs.
La bourgeoisie a d’abord géré la crise en s’appuyant sur les réserves du passé et à coup de dépenses publiques. Cette approche “douce” a depuis longtemps fait place à des confrontations ouvertes avec les travailleurs qui font les frais de la crise.
Le modèle du consensus a été soumis à rude épreuve. Les secteurs en difficulté ne pouvaient plus compter sur les auto-rités, les tensions communautaires n’étaient plus achetées, les pertes d’em-plois n’était plus compensées etc... Les frustrations étaient de moins en moins canalisées par les partis traditionnels. De nouvelles formations se sont créées. Les anciennes ont perdu de leur autorité.
Les commentateurs autorisés n’ont évidemment pas cherché les raisons de cet ‘éparpillement’ dans la politique néo-libérale, mais dans le ‘fossé entre le citoyen et la politique’. Pour y remédier, on s’est attelé à toutes sortes de projets de ‘renouvellement politique’. Il fallait tout changer pour que tout reste comme avant.
En Wallonie et à Bruxelles, le PRL - alors dans l’opposition - a réuni une partie du PSC et le FDF dans une alliance libérale ‘sociale’ pour faire contrepoid au PS, traditionnellement dominant. La crise du PSC, le représentant traditionnel de la bourgeoisie belge la plus conservatrice et de la Cour, a suivi la même courbe descendante que cette bourgeoisie par rapport aux PME et aux multinationales plus agressives basées en Flandre. Le recul économique de la Wallonie et de Bruxelles au profit de la Flandre a affaibli le FDF. Ecolo a utilisé le vide à gauche pour renforcer sa position électorale.
En période de crise, les partis sont vite confrontés à un choix crucial: se plier aux voeux du patronat où rester isolés. Après la crise de la dioxine, Ecolo a eu l’oc-casion de démontrer sa fiabilité à la bour-geoisie. Comme Agalev, il a passé le test sans problème. Vincent Decroly était le seul parlementaire à rester loyal au pro-gramme du parti. Il en a été éjecté d’une façon qui fait penser à la procédure judiciaire accélérée.
Dans la Flandre plus prospère, le nationalisme flamand était en retrait. Le Vlaams Blok doit principa-lement son score au racis-me, à l’insécurité et à la frustration sociale. La Volksunie a essayé de se créer un nouveau marché électoral, mais elle a été grignotée de tous côtés. Ni la NVA de Bourgeois, ni le groupe ‘niet splitsen’, ni ID21, ni Spirit, le nouveau jouet d’Anciaux, ne sont des formations viables.
Le VLD a profité de la crise du CVP, le parti du consensus, qui devait exploser tôt ou tard. Mais malgré les voeux de Pinx-ten et de Van Hecke, le VLD ne deviendra jamais le grand parti populaire que fut le CVP. Un tel parti ne pouvait se maintenir que dans la période exceptionnelle de crois-sance ininterrompue d’après la deuxiè-me guerre mondiale. L’avidité de De Gucht ne fait que préparer de nouvelles crises au sein du VLD, surtout quand la crise imposera des choix déchirants.
Sans compter que le CD&V est loin d’avoir dit son dernier mot. Le tournant vers la droite d’Agalev s’est produit telle-ment vite qu’il finira probablement dans une alliance avec le SP.A renouvelé. Maintenant que le ‘socialisme’ y est presque enterré officiellement, cela ne devrait pas poser trop de problèmes. On va vraisemblablement se retrouver à terme avec une formation d’extrême-droite, une de centre-droite, une du centre et une autre de centre-gauche, mais toutes proposeront la même politi-que avec différentes doses de ‘social’
Toutes les opérations de recomposition sont des tentatives de restaurer l’autorité des instruments politiques de la bourgeoisie. Elles sont toutes vouées à l’échec dans la mesure où aucune d’entre elles ne rompt avec la politique néolibérale. Seule consolation des chantres de la recomposition: il n’y a pas encore un parti des travailleurs, indépendant de la bourgeoisie, qui soit capable de proposer une politique alternative.