Si tous les dégoûtés s’en vont, il ne reste plus que les dégoûtants. L’establishment contrôlait complètement le terrain politique dans les années ’90, avec pour conséquence un immense fossé entre riches et pauvres aussi bien dans le “Tiers”-Monde que dans les pays capitalistes “développés”. Depuis le blocage du sommet de l’OMC à Seattle (novembre 1999), une minorité croissante suit à nouveau la politique de près. Quelques conceptions de la période précédente restent cependant d’actualité.
Une réponse par Eric Byl
La politique ne mène-t-elle pas iné-vitablement à des jeux de pouvoir et à des magouilles?
Pour compenser sa perte d’autorité, il faut à la bourgeoisie toujours plus de par-tis qui défendent des intérêts catégoriels, d’organes qui canalisent le méconten-tement sans jamais remettre fondamen-talement la société en question. La bour-geoisie mène en outre une lutte idéologi-que jusqu’au sein même des organi-sations ouvrières afin de les rendre inoffensives. L’évolution du PS et du SP n’est pas due à la politique en tant que telle, mais bien à leur transformation en partis bourgeois.
Le clivage travail - capital n’est tout de même plus si important; n’est-il pas devenu un clivage parmi d’autres?
La classe dominante essaye de dissi-muler cette contradiction fondamentale, afin de faire passer ses intérêts bien compris pour l’intérêt général et sa poli-tique pour “la” Politique. Elle divise la classe ouvrière entre travailleurs quali-fiés et non-qualifiés, entre ouvriers et employés, entre catholiques et laïques, entre hommes et femmes, entre Fla-mands et Wallons, entre actifs et chô-meurs, entre homosexuels et hétéro-sexuels, entre Belges et immigrés, ... pour détourner l’attention de la contradic-tion fondamentale entre travail et capital. Elle use et abuse du terme “citoyen”. Les “citoyens” riches et pauvres n’ont vraiment pas grand’chose en commun sur le terrain. La contradiction travail - capital, bien loin d’avoir diminué, a au contraire augmenté. Il y a 100 ans, la classe ouvrière n’était qu’une petite minorité sans instruction. Aujourd’hui, elle dispose de moyens de communica-tion modernes, elle est très instruite et elle représente en Belgique comme dans beaucoup d’autres pays pas moins de 88% de la population active!
Mais la politique sous le communis-me n’était pourtant elle aussi que jeux de pouvoirs et magouilles!?
Le bloc de l’Est, l’Union Soviétique après 1924, la Chine, etc n’étaient que des caricatures staliniennes du “commu-nisme”. Là-bas aussi des forces oppo-sées étaient à l’oeuvre. La caste bureau-cratique a copié les méthodes les plus brutales de la bourgeoisie pour défendre ses intérêts. Ce n’était pas la “politique ouvrière”, mais celle d’une caste domi-nante.
Comparons cela avec la Commune de Paris (1871) ou l’Union Soviétique entre 1917 et 1924. Les fonctions publiques étaient éligibles et révocables à tout mo-ment. Il n’était donc pas question d’ou-blier ses promesses électorales. Les élus ne pouvaient pas gagner plus que le salaire moyen de ceux qui les avaient élus. Les fonctions publiques faisaient l’objet d’une rotation. L’armée perma-nente a été remplacée par le peuple en arme.
Un mouvement unifié n’est-il pas préférable à des intérêts partisans?
Nous sommes pour l’unité maximale avec toutes les couches opprimées, les partis et les activistes de gauche. Seule l’unité nous permettra d’imposer de meil-leures conditions. Avec ça on n’a encore rien dit. Le mouvement ouvrier mène une lutte idéolo-gique inégale contre la bour-geoisie. Elle dispose de mé-dias puissants. Son idéologie s’est insinuée dans tous les organes de la société, y com-pris les syndi-cats. Aucun mouvement n’y est immunisé. La lutte pour les idées ne cesse donc pas avec le mouvement, elle n’en ac-quiert justement que plus d’importance. De là notre insistance à lier la question de l’unité à celle du droit de chaque com-posante à confronter son propre pro-gramme à celui des autres participants. Les intérêts d’un parti ouvrier, loin d'être en contradiction avec ceux du mouve-ment, en sont au contraire un complé-ment indispensable. La décennie précé-dente a connu nombre de mouvements: contre le racisme, contre le Plan global, contre les fermetures de Clabecq et Renault, la Marche blanche, pour les droits des animaux, etc... Tous ces mou-vements ont été récupérés ou cassés du fait de l’absence d’un parti ouvrier qui soit indépendant de la bourgeoisie.
En quoi le MAS diffère-t-il des partis bourgeois ou staliniens?
Voici ce que les gens demandent aux partis bourgeois: qu’est-ce que votre parti peut faire pour moi? Ils sont basés sur le clientélisme. Nous voulons doter le mouvement ouvrier d’un programme pour changer la société. Cela exige des efforts. Ne demandez donc pas ce qu’un parti ouvrier peut faire pour vous, mais plutôt ce que vous pouvez faire pour le mouvement ouvrier.
Dans les partis bourgeois et staliniens, la direction décide et la base exécute. Nous discutons collectivement notre pro-gramme, nous le confrontons ensemble avec la pratique et nous l’adaptons en fonction de l’expérience. Nous ne de-mandons jamais à nos militants ce que nous ne sommes pas prêts à faire nous-mêmes. La liberté est une question d’effi-cacité. On n’agit que si on en voit le sens. Cela exige que tous les militants soient formés. Des membres instruits et infor-més, la liberté de discussion et de débat et surtout la conscience de classe sont les seules garanties contre la dégénéres-cence.
Le test ultime pour une organisation poli-tique, c’est la prati-que. Nous avons joué un rôle dans tous les mouvements impor-tants des dix derniè-res années: contre le racisme (Blokbuster), contre les économies dans l’enseignement avec Aktief Linkse Studenten et le syndi-cat lycéen (SVB), contre les fermetures d’entreprises (MRS), dans la Marche blanche (SVB), contre la privatisation de la récolte des déchets, etc... Nous ne restons pas au balcon à faire des commentaires, nous sommes un parti qui forge son pro-gramme sur base des expériences concrètes combinées avec les expériences historiques du mouvement ouvrier.