Plus la guerre durera, plus les images de victimes innocentes - femmes, enfants, réfugiés afghans affamés et menacés par l’hiver, ... - pèseront sur la conscience des travailleurs et des jeunes, plus ils poseront de questions et plus la résistance contre la guerre s’exprimera. Mais quel doit être le caractère d’un mouvement contre la guerre en Afghanistan? Suffit-il de rejeter la violence sous toutes ses formes? Comment combattre le terreau dans lequel s’enracine le terrorisme? Et lorsque nous proclamons "qu’un autre monde est possible", de quel monde s’agit-il?
Les premières manifestations sont plus importantes que les mouvements précédents contre une guerre impéria-liste. 50.000 manifestants dans des villes comme Londres et Berlin, 10.000 à Am-sterdam, un époustouflant demi million en Italie,... Les activistes et les nouvelles couches de jeunes radicalisés, dont les manifestations de masse contre les in-stitutions internationales ont poussé les stratèges du capital sur la défensive, ils manifestent ensemble avec des immi-grés et des gens qui participent pour la première fois à une manifestation. Ils sont choqués et s’alarment de la façon arbitraire dont les USA imposent leur volonté à la misérable population afgha-ne qui subit la guerre depuis des années.
Il est frappant de voir le bon accueil qui est fait aux idées socialistes. Les orateurs du LSP/MAS et de Résistance internationale ont été applaudis avec enthousiasme par beaucoup de jeunes après la manifestation "contre la guerre et l’exploitation" à Gand. Des pays com-me l’Italie et la Grèce voient également une importante couche de travailleurs descendre dans la rue, ce qui est un re-flet de la polarisation croissante et du de-gré élevé de combativité dans ces pays.
Le fait que tant de gens descendent déjà dans la rue avant même que les USA n’aient envoyé de troupes terrestres en grand nombre démontre qu’il pourrait y en avoir mille fois plus si les syndicats informaient leurs membres et les mobilisaient contre la guerre. Et contre l’exploitation ici comme dans le reste du monde qui mène inévitablement à la désorganisation sociale. A la Sabe-na, ils font la douloureuse expérience de la "terreur sociale et économique" que la crise économique impose aux travailleurs.
Beaucoup de jeunes et de travailleurs conscients ont déjà compris qu’on ne peut pas éliminer la guerre et le terrorisme tant que la moitié du monde vé-gète dans la pauvreté, la misère et la famine; la bourgeoisie elle-même réalise qu’elle va devoir aussi aménager un cimetière social dans les pays occiden-taux. Elle est déterminée à faire supporter par la classe ouvrière les effets d’une récession simultanée dans le monde développé.
La crainte d’un nouveau Vietnam, où l’on s’embourbe dans un conflit sans issue qui réclame chaque jour son tribut de cadavres de soldats américains, taraude en même temps la bourgeoisie, surtout aux USA. Maintenant qu’on sait que la guerre en Afghanistan ne pourra pas être terminée avant l’hiver, les USA vont être confrontés avec leur première intervention de longue durée depuis la guerre du Vietnam. Nous ne devons pas oublier que les protestations massives des étudiants, des travailleurs et des vétérans de guerre de l’époque avaient mené à une situation qualifiée de "pré-révolutionnaire" par le Pentagone. Il y a historiquement un lien entre la guerre et les mouvements de mas-se, il suffit de se rapeler la Révolution russe.
En Belgique, le mouve-ment pacifiste officiel n’a plus investi la rue après une première manifesta-tion pourtant couronnée de succès. Peur de lancer un mouvement qu’ils seraient incapables de dominer en-tièrement? Ou bien cer-tains comptent-ils sur le PS et Ecolo pour leur renvoyer l’ascenseur lorsqu’il s’agira d’acquérir un strapontin à toutes sortes de tables de négociation? La manifestation du 14 décembre contre le sommet europé-en de Bruxelles sera de ce fait également la première grande manifestation inter-nationale contre la guerre.
Le pacifisme part d’intentions nobles, mais il manque d’efficacité dans un monde saturé de contradictions insolubles. C’est contre le système qui génère la guerre qu’il faudra lutter. Cette lutte va inévitablement se heurter à la résistance des capitalistes. Seul le mouvement ouvrier a la force sociale de mettre à l’arrêt les usines, les écoles et les bureaux et, pour autant qu’il soit consciemment organisé, de conduire le passage à une autre société sans trop de dégâts. La construction de nouveaux partis ouvriers de masse est une tâche cruciale dans la protestation contre la guerre. Ces partis doivent s’armer d’un pro-gramme socialiste capable de faire fran-chir au monde ce saut dans la civilisation humaine et de remettre la production mondiale et l’organisation de la société entre les mains de la classe ouvrière et des opprimés.
Peter Delsing