Le 11 septembre, le monde entier médusé regardait en direct sur les écrans de télé les tours du WTC s'effondrer, entraînant dans la mort des milliers de travailleurs et des centaines de sauveteurs. La bourgeoisie a cependant rapidement repris ses esprits et a profité de l'émotion provoquée par cette catastrophe et par l'annonce de frappe militaires contre l'Afghanistan pour lancer une offensive sauvage contre les travailleurs.
|
Swissair: Pas perdu pour tout le monde!
Le dépôt de bilan de Swissair a jeté sur le pavé des milliers de travailleurs. Swissair étant à cours de liquidités, les compagnies pétrolières ont refusé de ravitailler les avions qui sont restés cloués au sol. Les tickets de Swissair n'étant plus honorés par les autres compagnies, les passagers de Swissair ont dû acheter à prix fort un billet auprès d'une autre compagnie. Cela a provoqué un effet de choc: la cotation en bourse des actions de Swissair a perdu en 24 heures 96% de sa valeur. 44.000 petits porteurs, souvent d'anciens employés, ont vu leurs économies partir en fumée. Et les gros actionnaires? Les avions de Swissair étaient cloués au sol, mais pas ceux de Crossair, la filiale de Swissair. En 24 heures, la cotation en bourse de Crossair a bondi de 20%. Or par le plus grand des hasards les banques UBS et Crédit Suisse, créanciers prioritaires de Swissair, venaient de recevoir en compensation 70% des actions de Crossair. Le Crédit suisse et UBS ont donc réalisé une plus-value boursière de 20% en 24 heures! |
Les patrons américains ont recours à la clause d'urgence économique prévue dans les contrats de travail pour licencier leurs travailleurs sans leur verser un dollar d'indemnité. Le 8 octobre, une ancienne conseillère économique de Clinton a exposé froidement dans le New York Times que la seule solution pour financer les opérations militaires en Afghanistan et de puiser dans les fonds du Medicare (assurance soins de santé des personnes âgées).
En Belgique aussi l'offensive patronale n'a pas tardé. Le 17 septembre, Christoph Müller, patron de la Sabena exigeait la négociation d'un plan de restructuration et de "mesures complémentaires après les attentats du 11 septembre". Deux semaines plus tard Swissair, actionnaire à 49,5% de Sabena, déposait son bilan et annonçait le non respect de ses engagements financiers à l'égard de la Sabena (voir encadré). Le tribunal de commerce de Bruxelles a décidé la mise sous concordat de la Sabena, mais depuis lors le scénario le plus souvent avancé est celui de la cessation des activités et le redémarrage d'une nouvelle société, c'est-à-dire un bain de sang social.
Quelques jours plus tard, City Bird faisait à son tour la culbute, privant de leur emploi 610 travailleurs. En les attentats du 11 septembre n'ont fait que de donner un brutal coup d'accélérateur à la crise capitaliste qui se déchaîne. Les secteurs les plus touchés sont le transport aérien, la construction aéronautique, l'informatique, les télécommunications, la chimie, l'automobile. Des centaines de milliers d'emplois vont ainsi partir en fumée comme les tours du WTC.
Mais il y a plus. Le crash de l'économie capitaliste aura pour conséquences moins de rentrées fiscales dans les caisses de l'État, avec pour conséquences de nouvelles coupes sombres dans les services publics, dans les dépenses à caractère social, dans l'enseignement, les soins de santé, la sécurité sociale. C'est donc l'ensemble des salariés et des allocataires sociaux qui vont devoir affronter la guerre sociale déclenchée par les patrons et les gouvernements. Cela se fera dans des conditions rendues plus difficiles par la guerre car les gouvernements justifieront les mesures d'austérité et les plans de licenciement par les "circonstances exceptionnelles".
Il y a dix ans, lors du déclenchement de la guerre du Golfe, la première chose que le patronat belge avait avancé était de neutraliser l'index. Une autre danger qui menace les travailleurs est la limitation du droit de grève en raison de la situation mondiale. Ne nous y trompons pas. Même si en ce moment la Belgique n'a pas engagé de troupes, les déclarations des dirigeants européens au sommet de Gand sont sans équivoque: un soutien inconditionnel aux opérations de guerre menées par les États-Unis et la Grande-Bretagne. L'aggravation de la situation économique et la guerre sont un cocktail mortel pour les travailleurs.
Plus que jamais il faut rappeler que cette guerre n'est pas la nôtre. Nous condamnons sans réserve les attentats qui ont frappé des civils innocents aux États-Unis comme nous condamnons les bombardements contre la population afghane. Ne perdons pas de vue que notre ennemi siège dans les conseils d'administration des banques et des multinationales et qu'il est prêt à tout pour maintenir ses profits.
Guy Van Sinoy