Que signifie cette guerre pour vous?

La destruction de l'Afghanistan est en cours. C'est pas nos oignons? Certains le pensent peut-être à première vue. La nouvelle guerre dirigée par l'impérialisme US nous concerne tous. Les travailleurs et leurs familles vont en faire les frais d'une façon ou d'une autre: que ce soit en terme de sang versé, de limitation des droits démocratiques, de restructurations d'entreprises ou d'impôt de guerre.

Rien ne peut justifier le crime abominable du 11 septembre. Ni les 6.000 enfants irakiens qui meurent chaque jour des suites de l'embargo américain ni les centaines de morts en Palestine ne justifient le meurtre de milliers de travailleurs innocents. Les attentats ont renforcé la position de Bush et de l'impérialisme américain. Alors que Bush était le président le moins populaire de l'histoire des USA avant les attentats, sa cote de popularité est remontée en flèche depuis lors. Les terroristes ont escamoté le fossé entre riches et pauvres aux USA et précipité la population dans les bras de Bush.

Les USA ripostent aux attentats avec des moyens techniquement supérieurs, mais leurs méthodes ne diffèrent guère de celles des terroristes. Ils prennent eux aussi en otage des milliers de travailleurs et de paysans innocents pour faire pression sur les Talibans. Quand bien même ceux-ci seraient affaiblis ou même éliminés, la position des terroristes s'en trouvera renforcée. On voit déjà croître leur emprise au Pakistan, en Palestine et en Arabie Saoudite. Ben Laden n'a jamais été aussi populaire qu'aujourd'hui sur son terrain.

Nombreux sont les soldats américains et européens qui s'apprêtent à partir avec l'illusion qu'ils s'en vont combattre le terrorisme. Ils vont se heurter à une population que les bombardements auront rendue hostile. Le danger sera tapi derrière chaque rocher. Ce ne sont pas les fils de politiciens et de banquiers qui vont tomber, mais bien ceux des travailleurs. Dès qu'ils verront les cadavres revenir dans des sacs en plastique, beaucoup de gens réaliseront, comme jadis au Viêt-Nam, qu'ils sont le jouet d'une lutte de pouvoir entre deux cliques dirigeantes.

Au moment même où les fils des travailleurs donneront leur vie, les patrons se saisiront des attentats comme d'une aubaine pour restructurer les entreprises et supprimer des postes de travail. On laisse entendre officiellement que la crise serait due à la guerre. En réalité, la crise somnolait déjà bien avant. Aux USA, le secteur aéronautique a déjà perdu plus de 100.000 emplois et autant dans les secteurs du tourisme et des assurances. En Belgique, c'est surtout la fermeture de la Sabena et les licenciements chez VW, Opel, Agfa et Sidmar qui frappent les imaginations.

Les patrons et les politiciens vont en outre prétexter les attentats pour s'attaquer aux droits démocratiques. Quiconque ose résister se voit aussitôt accusé d'incivisme et est mis sur le même pied que les fondamentalistes. Les premières actions contre la guerre ont été carrément interdites. Karel De Gucht, le président du VLD, s'est fendu d'une proposition visant à limiter le droit de grève dans les services publics. Si demain la Belgique s'implique directement dans la guerre, la répression montera encore de quelques crans.

La guerre et la crise économique vont enfin réorienter les dépenses vers la défense au détriment des secteurs sociaux. Déjà qu'il n'y a soi-disant pas d'argent pour relever les minima sociaux. Des quartiers entiers se dégradent dans les grandes villes. Vont-ils devoir bientôt accueillir des flots de réfugiés afghans ou bien va-t-on refouler ceux-ci aux frontières? Le transfert de l'assurance maladie des demandeurs d'asile dans le budget de la coopération au développement ne relève pas du hasard. La minuscule augmentation de ce budget - dont le secrétaire d'Etat Boutmans (Agalev) était si fier - y sera entièrement consacrée.

Mais ne pouvons-nous donc rien contre le terrorisme? Fier comme un paon, Bush a annoncé que la population américaine avait versé 55 millions de dollars aux organisations humanitaires pour aider les victimes des attentats. Cet hypocrite oublie de préciser que les banques centrales américaine, européennes et japonaise ont débloqué 100.000 millions de dollars pour sauver les actionnaires! Ces moyens et les coûts de la guerre auraient pu pourvoir aux besoins élémentaires du monde entier en logements, en écoles et en hôpitaux. Cela aurait immédiatement isolé et coupé l'herbe sous le pied aux terroristes. Un tel programme socialiste ne manquerait pas de se heurter à la soif de profits d'une poignée de multinationales et de banques; une véritable solution n'est donc possible qu'à la condition d'en finir avec le capitalisme.

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