| Volkswagen: |
VW est le troisième assembleur d’automobiles en Belgique qui annonce ou applique des licenciements. La direction veut punir les ouvriers pour des actes de sabotage au cours des dernières semaines. A Forest on produira 17.000 véhicules de moins alors que les autres sièges verront probablement leur production augmenter.
par Karl Debbaut
350 travailleurs avec un contrat à du-rée déterminée (CDD) ont dû quitter l’usine dès l’annonce de la nouvelle. Ils ont reçu leur C4 au moment de com-mencer leur journée de travail. La délé-gation CMB (Métal FGTB) a été forcée par la direction et par le syndicat de se distancier ouvertement des actes de sa-botage. Herwig Jorissen (président na-tional de la CMB) est intervenu person-nellement en disant qu’il ne voulait pas mettre en jeu l’avenir des emplois à Fo-rest. On a donc réussi à VW à affaiblir la résistance aux licenciements en orga-nisant la chasse aux saboteurs.
Chez Opel Anvers et Ford Genk la direction n’a pu cacher que la véritable raison des pertes d’emplois est la re-structuration du secteur en raison de la crise. Globalement le secteur automobile souffre d’une surproduction de 3 millions de véhicules. Daimler-Chrysler a annon-cé des licenciements massifs après que le bénéfice net ait reculé de 3,5 mil-liards d’euro (141 milliards de FB). On prévoit chez Chrysler la suppression de 26.000 d’emplois, 9.500 chez Mitsubishi.
A Général Motors (entre autre Opel) le loup sort du bois. La première version du plan de restructuration de GM prévoit une réduction de 15% de la capacité de production en Europe. L’avenir est donc très incertain pour les 6.600 travailleurs de GM Anvers. GM avait d’abord annoncé la ferme-ture d’un de ses sièges en Europe. Les directions syndicales ont fait tout pour organiser la résignation. Elles ont fait appel au calme à GM Anvers car elles redoutaient que ce ne soit l’étincelle qui mette le feu aux poudres.
Une telle stratégie syndicale qui ne sauve évidemment aucun emploi, ni n’empêche aucune fermeture. Les multi-nationales décident et les travailleurs doivent obéir. N’est-il pas évident que la résignation syndicale excite l’agres-sion patronale? Les actionnaires ne se laisseront pas impressionner par la faiblesse syndicale dans une usine si le rendement baisse. Seule des actions fortes et unifiées peuvent les faire reculer.
VW continue de faire des bénéfices. Jusqu’à présent VW a toujours réagi à la crise de surproduction en augmentant la flexibilité et le rythme de production. Un exemple: à la production d’un nou-veau modèle les travailleurs reçoivent normalement une formation complète avant que la production ne commence réellement. A VW Forest la mise en pro-duction de la Lupo s’est fait après une formation bâclée. Les syndicats sont pieds et poings liés par la paix sociale tandis que la direction a toutes libertés pour augmenter la charge de travail, ce qui pousse évidemment au sabotage individuel.
Herwig Jorissen peut déclarer que ses militants ne sont nulle part concernés. La passivité syndicale donne l’impres–sion à une partie croissante des travail–leurs qu’ils ne sont plus représentés par les syndicats et les pousse donc à passer à l’action individuelle pour ralentir la production.
Naturellement tout syndicaliste sé-rieux doit rejeter le sabotage. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Faute de stratégie syndicale de lutte, les réac-tions des travailleurs poussés à bout peuvent mener à des drames beau-coup plus graves qu’un trou dans une banquette en cuir ou une interruption occasionnelle de la chaîne.