| Verhofstadt écrit aux antimondialistes: |
Verhofstadt - ou peut-être son homme de plume - a fait publier le 26 septembre dernier une lettre ouverte au mouvement antimondialiste dans une cinquantaine de quotidiens internationaux. Cette lettre ouverte met tous les antimondialistes dans le même sac, leur attribue quelques opinions et les attaque de façon démagogique. Procédé minable pour un président de l’Union européenne.
"Mais au fond, vous les antimondialistes, que voulez-vous nous dire au juste? A l’instar du “black block”, voulez-vous agir avec violence contre toute forme de propriété privée? Ou voulez-vous promouvoir le mouvement “slow food”, un club mondain qui publie de prestigieux dépliants faisant l’éloge de la consommation correcte dans les meilleurs établissements?”
Pour adhérer à ce mouvement “slow food”, notre portefeuille - ni celui des victimes de la mondialisation - n’est pas assez garni. On pourrait sourire de la façon dont le premier Ministre voit les antimondialistes, mais il ne s’arrête pas en si bon chemin. Il poursuit en dépeignant quiconque qui proteste contre la mondialisation capitaliste comme un hooligan violent. Bien que l’infiltration des manifestations de Gênes et de Bar-celone par des éléments provocateurs de la police et l’extrê-me-droite aient été prouvée, Verhofstadt s’acharne à criminaliser le mouvement. Il ne dialoguera donc qu’avec les ladies & gentlemens chicos qui mâchonnent le sushi politique–ment correct.
“L’expérience nous apprend que chaque pour cent supplémentaire d’ouverture de l’économie d’un pays génère une augmentation de 1% du revenu par habitant de ce pays. Ce qui explique la richesse des Singapouriens, une richesse qui contraste radicalement avec la pauvreté qui règne dans une économie fermée comme celle du Myanmar.”
Pourquoi comparer un ville-état, centre financier, comme Singapour avec l’ancienne Bir-manie? Pourquoi ne pas com-parer des géants telle que les Indes et la Chine? Ou mieux encore les pays de l’Est et les États-Unis de 1988 avec l’Eu-rope centrale et la CEI d’aujour-d’hui? Selon les chiffres des Nations Unies, en 1988 15 mil-lions de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté dans les pays de l’Est et en URSS. Aujourd’hui, après l’effondre-ment du stalinisme et l’ouverture du marché aux capitaux, il y en a 145 millions!
“La question se pose plutôt de savoir comment tout un chacun, y compris les moins favorisés, peut bénéficier des avantages manifestes de la mondia-lisation sans souffrir de ses perversités. Quand pouvons-nous être certains que la mondialisation est bénéfique, non seulement pour un petit nombre de favorisés, mais aussi pour la grande masse des laissés-pour-compte du tiers monde? (...) Il faut une approche globale et éthique. Ne pas freiner la mondialisation, mais l’encadrer éthiquement, là est le défi. Je l’appellerais “mondialisation éthique”, un triangle formé du libre-échange, de la connaissance et de la démocratie. en d’autres termes, le commerce, la coopération et la prévention des conflits.”
Les désavantages évidents de la mondialisation, nous les con-naissons. Le démantèlement de la sécurité sociale, des allocations et la privatisation des services publics. La mondiali-sation aurait aussi des avan-tages évidents? Nous recommandons au Premier ministre d’aller visiter le bureau de poste le plus proche et d’y demander si à part des 11.000 licencie-ments, la surcharge de travail et les bas salaires on a décou-vert d’autres avantages évi-dents. Il est aussi le bienvenu chez les travailleurs de Sabe-na, Afga Gevaert, Philips, Volkswagen, Opel et Ford. A l’étranger il pourra demander aux ouvriers et aux paysans pauvres du Chili si, à part la privatisation de la distribution d’eau par Suez Lyonnaise des Eaux et le triplement du prix de l’eau potable qui en a résulté, ils pourraient énumérer aussi quelques avantages.
La mondialisation éthique est un leurre. Dans la traduction néolibérale, libre-échange et démocratie deviennent commerce (et donc “business as usual”), aide et prévention de conflits. Ces dernières années la prévention de conflits et les interventions humanitaires sont devenues synonymes d’intervention militaire de la part des grandes puissances et cela avant dans leurs propres intérêts. La démocratie est le silence imposé aux gouvernements des pays pauvres sur la politique de l’OMC qui leur est dictée. C’est le refus d’entendre le «Non» des électeurs irlandais concer-nant le traité de Nice. L’Union européenne est terrifiée par la participation de la population car elle sait qu’elle pourra de moins en moins compter sur une majorité.
Un G8 alternatif comme gou-vernement mondial ne ferait que maintenir les relations de force entre riches et pauvres et fournir un instrument supplé-mentaire aux pays capitalistes avancés pour imposer leur ordre du jour politique et économique. Il n’offre aucune réponse au clivage grandissant entre riches et pauvres. Verhofstadt n’a manifestement pas compris nos questions.
La lettre ouverte de Verhofstadt ne donne aucune réponse. C’est une pitoyable tentative de détourner les idées qui vivent au sein du mouve-ment anti-mondialiste et d’y opposer la défense de la poli-tique capitaliste. La mondia-lisation n’a rien à offrir à la population. C’est pourquoi nous construisons un contre-pouvoir avec Résistance Internationale.
Geert Cool