Dans «Leur morale est la nôtre» Léon Trotsky explique que le but justifie les moyens, mais que ces moyens doivent aussi mener au but. En d’autre mots: le terrorisme - sans parler de la forme appliquée aux États-Unis, en massacrant des innocents - ne mène pas au but (se libérer du capitalisme et renverser l’appareil d’État avec tous ses moyens de répression) et n’est donc pas un moyen acceptable. C’est évidemment une toute autre approche de la question que l’opposition hypocrite des dirigeants impérialistes au terrorisme qui hurlent contre les attentats mais se taisent sur la terreur de masse qu’ils appliquent à l’échelle mondiale.
Par Anja Deschoemacker
Un exemple frappant: la position des États-Unis à propos de la condam-nation d’Israël pour sa politique raciste à la conférence des Nations Unies à Durban. Les États-Unis et Israël ont quitté la conférence parce que certains pays osaient mettre ce point à l’ordre du jour. De son côté, l’Europe - sous la direction de Louis Michel - a travaillé à une déclaration de clôture qui esca-motait la question. Sur la terreur de masse exercée aujourd’hui contre les réfugiés politiques qui trouvent la mort - noyés en traversant la mer ou asphyxiés dans les remorques des poids lourds - on n’a d’ailleurs pas dit un seul mot.
Bush parle d’une lutte entre le «Bien» et le «Mal». S’il comprend par «Mal» les actes de gens qui n’ont aucun respect de la vie humaine et capables d’abattre délibérément des innocents, il devrait avoir l’honnêteté d’inclure dans cette catégorie l’establishment politique et militaire des États-Unis. Le carnage qui a frappé des milliers d’américains le 11 septembre a été retransmis quasiment en direct sur toutes les chaînes télévisées du monde entier. Mais il n’y avait pas de caméras à Sabra et à Chatilla - au Liban - quand Israël, avec le soutien des États-Unis, permettait aux milices phalangistes de provoquer un carnage parmi les hommes, femmes et enfants palestiniens. Au moment où les bombardements américains au Cambodge voulaient «faire retourner ce pays à l’âge de la pierre», il n’y avait pas de reporter sur le terrain pour relater l’horreur. De même pour les souffrances des masses irakiennes victimes de l’embargo.
L’énumération des crimes commis par les États-Unis pourrait remplir plus de pages que ne comporte ce journal. La fureur qui caractérise les kamikazes est le résultat des effets du capitalisme dans le monde néocolonial. L’absence d’alternative socialiste, d’un grand parti ouvrier, fait que les masses ne voient pas d’issue à la misère et à la tyrannie imposée par la suprématie impérialiste avec le concours de dictateurs locaux.
Dans des conditions aussi déses-pérées certains se rangent sous le dra-peau du fondamentalisme, du nationalisme ou du racisme. Une crise éco-nomique et sociale ininterrompue peut aussi provoquer la désintégration sociale et mener à la barbarie comme au Rwanda. Mais ce n’est pas parce que l’on mesure les résultats effroyables du capitalisme que l’on peut pour autant justifier le massacre de civils innocents.
En contradiction avec beaucoup d’organisations de gauche le Comité pour une Internationale ouvrière a toujours rejeté le terrorisme individuel tel qu’il a été pratiqué par des organi-sations telles que l’OLP ou l’IRA. La seule force capable à renverser le capitalisme est la classe ouvrière et elle ne peut le faire que par les actions de masse et pas par des activités de commandos isolés.
Mais l’assaut qui a transformé le WTC en fosse commune est tout autre chose de ce que nous entendons par terrorisme indivi-duel. Le terroriste individuel orga-nise un attentat contre l’État ou contre des mem-bres individuels de la classe dominante. Les at-tentats du 11 sep-tembre visaient des bâtiments où se trouvaient des milliers de civils, avec le but de faire un maximum de victimes. Ce n’est pas du terrorisme individuel mais de la terreur aveugle. Les attentats n’étaient non plus menés au nom d’une véritable lutte de libération, mais étaient probablement menés par des groupes réactionnaires qui ont des liens avec des régimes rétrogrades et répressifs comme celui des Talibans.
Le message du terroriste individuel est: «Ne vous inquiétez pas, je me charge de tout». Dans un tel scénario le seul rôle attribué aux masses est de regarder et d’applaudir. De telles ac–tions mènent à un recul de la conscien–ce des travailleurs sur la nécessité de lutter. Plus «efficaces» sont les actions terroristes individuelles, plus grande est la confu-sion et la désorientation au sein de la classe ouvrière.
Le phénomène est apparu clairement lors les attentats contre le WTC. Dans un premier temps ils ont provoqué un choc au sein de la classe dominante. Mais l’administration de Bush en est sortie renforcée et est maintenant en mesure de générer un esprit d’unité nationale. Les attentats sont un bon prétexte pour renforcer les mesures répressives, non seulement aux États-Unis mais aussi dans les autres pays. Des «mesures internationales contre le terrorisme» sont partout envisagées. Aux États-Unis il semble que le traumatisme de la guerre du Viêtnam s’estompe. Il y a de nouveau une volonté pour envoyer des troupes terrestre si nécessaire.
Le terrorisme individuel renforce l’État en lui donnant le prétexte pour s’approprier de nouveaux pouvoirs qui seront utilisés contre la lutte des travailleurs. En Allemagne, la CDU en donne déjà un exemple en déposant une proposition que l’armée allemande puisse être utilisée pour des opérations de maintien de l’ordre. Les mesures répressives feront donc sentir leurs effets bien loin hors des frontières des États-Unis!
L’effet de désorientation sur la classe ouvrière et sur les mouvements anti-capitalistes est évident. La manifesta-tion contre la mondialisation, prévue fin septembre à Washington, n’aura pas lieu. La classe ouvrière américaine est confrontée à une crise économique qui a commencé bien avant les attentats. Maintenant il lui sera plus difficile de lutter pour défendre son niveau de vie. Mais ces effets ne seront que tempo-raires. La classe ouvrière reprendra confiance en elle et retrouvera le chemin de la lutte. Les attentats l’auront seulement rendue un peu plus difficile.
Notre position sur le terrorisme signifie-t-il que le monde néocolonial doit prêcher la passivité et doit «accepter son sort»? Certainement pas. Nous sommes pour la lutte de masse de la classe ouvrière et des autres couches opprimées dans ces sociétés qui veulent secouer le joug du capitalisme.
Les grandes batailles contre la politique néolibérale, dictée par les institutions capitalistes internationales comme le FMI et la Banque Mondiale, qui ont fait rage partout en Amérique latine, ont secoué le capitalisme et en même temps génèrent la sympathie de la part de la classe ouvrière dans les pays capitalistes développés. La lutte de masse des peuples du monde néocolonial, complétée d’un appel au soutien de la part de la classe ouvrière des pays capitalistes avancés auraient un impact positif décisif. Alors que les attentats du 11 septembre ont un rôle paralysant.